Comme chaque année, l’actualité du mois de mai est dominée par les 500 Miles d’Indianapolis. C’est l’occasion pour nous de rendre hommage à Rick Mears, l’un des pilotes légendaires de cette épreuve, spécialiste reconnu des courses sur ovales, co-recordman des victoires sur le speedway et triple champion de Formule Indy. Homme discret et modeste, peu connu du grand public européen, Rick Mears n’en a pas moins eu une influence majeure sur le sport auto américain. C’est en effet avec l’émergence de Rick Mears que la Formule Indy a basculé dans son ère moderne au début des années 80.

Le parcours de Rick Mears est atypique, tant par son ascension rapide, que par sa fidélité à Roger Penske. Il est effectivement très rare de voir un pilote conduire pour la même équipe pendant toute sa carrière. Rick Mears a piloté 15 saisons pour le Team Penske (en dehors de quelques épreuves USAC en 1976 et 1977, l’intégralité de la carrière Indycar de Mears s’est disputée sous les couleurs Penske). Et la fidélité à Penske a même continué après la retraite de Mears, puisqu’il est encore aujourd’hui employé par cette équipe sur un poste de consultant.

Rick Mears se fait un nom dans les épreuves off-road avant de s’engager à Indianapolis en 1977 avec une écurie fort modeste, aventure qui se termine sur une non-qualification. Plus tard cette année-là, Mears rencontre par hasard Roger Penske lors d’une course de moto. Entre les deux hommes, le courant passe instantanément, et Penske propose rapidement au jeune pilote un programme réduit pour la saison 1978. Mears s’en tire avec les honneurs, remportant 3 victoires (dont la course de Brands Hatch lors de la première excursion de la Formule Indy en Europe) et se qualifiant en première ligne à Indianapolis. Il se voit logiquement proposer un programme complet pour 1979. Dès lors la machine à gagner est lancée. De 1979 à 1981, Mears est sacré champion à trois reprises et remporte les 500 Miles pour la première fois en 1979.

Après une deuxième victoire à Indy en 1984, sa carrière est stoppée net quelques mois plus tard. Rick se blesse très grièvement aux jambes dans un terrible crash sur l’ovale de Sanair (Canada). La rééducation dure plus d’un an et il faut attendre 1986 pour voir le pilote américain faire un retour à temps complet. Jusqu’ici aussi à l’aise sur circuit routier que sur ovale, Rick Mears ne remportera plus après son accident qu’une seule épreuve sur routier, à Laguna Seca en 1989. Sa supériorité sur les ovales ne sera elle jamais remise en question. Excellent metteur au point, pilote très fin, Rick Mears a un véritable don pour ce type de circuit. En 1988, il signe une troisième victoire à Indy sur la superbe Penske PC17 Chevrolet, et en 1991 il égale le record d’A.-J. Foyt et d’Al Unser avec un quatrième succès.

En 1992, Mears se blesse au poignet lors des essais des 500 Miles d’Indianapolis. En course il abandonne sur accident pour la première fois de sa carrière. A la fin de la saison, il annonce sa retraite, de façon assez inattendue (il est encore très compétitif) et précoce (dans une discipline où certains pilotes ont prolongé leur carrière bien au delà des 50 ans). A l’heure du bilan, Rick Mears comptabilise 29 succès en Formule Indy (CART), 3 titres de champion (1979, 1981 et 1982) et 4 victoires aux 500 Miles d’Indianapolis (ainsi que 6 poles, autre record).

Rick Mears s’est peu aventuré en dehors de la Formule Indy. Il a participé à quelques épreuves d’Endurance au début des années 80, et a également été à deux doigts de courir en F1. Bernie Ecclestone, alors patron de Brabham, avait effectivement convié Mears à une séance d’essai à Riverside, lors de laquelle le pilote américain avait signé des temps compétitifs. Une seconde séance d’essais au Paul Ricard avaient abouti à une proposition de volant pour la saison suivante, mais Mears avait finalement décliné l’offre.

Ce mois de mai 2007, Rick Mears sera à nouveau dans les rangs de l’armada Penske à Indianapolis. Son rôle aujourd’hui est de coacher les pilotes, de participer aux briefings et à l’occasion de jouer le rôle de spotter pendant les courses. Si Helio Castroneves ou Sam Hornish devaient s’imposer dans 15 jours, Rick Mears pourrait à nouveau quitter Indianapolis avec le sentiment du travail accompli. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.