En 1985, le championnat Indy/CART (Championship Auto Racing Team) est en pleine ascension, au début d’une période faste qui durera dix ans jusqu’à la scission entre le CART et l’IRL.

La liste des pilotes engagés dans le championnat 85 est prestigieuse : les Unser et Andretti pères et fils, Bobby Rahal, Danny Sullivan (qui a remporté les 500 miles d’indianapolis quelques mois plus tôt), Rick Mears, « Emo » Fittipaldi, Geoff Brabham, etc.

Plusieurs pilotes européens (ou ayant fait leurs classes en Europe) commencent également à s’aligner régulièrement dans la F1 américaine : Roberto Moreno, Jan Lammers, Arie Luyendyk, Rupert Keegan ou encore Bruno Giacomelli. L’ancien champion du monde de F1 Alan Jones a même fait une pige à Elkhart Lake sur la Lola BEATRICE, décrochant une splendide troisième place.

DEUX POUR UN TITRE

En arrivant à Miami pour la dernière course de l’année, deux pilotes sont encore en lice pour le titre. Avec 139 points, Al Unser, Sr. devance Little Al de trois points. Il vient juste de s’imposer à Phoenix devant… Little Al ! Après Phoenix, seuls les deux Unser sont encore mathématiquement en mesure d’être champion. Chez les Unser, on est donc sûr que le titre sera propriété de la famille.

Et dans tous les cas de figure, le résultat sera historique : si Little Al remportait le titre, il deviendrait le champion le plus jeune de l’histoire à 23 ans. A l’inverse, si c’est Big Al qui l’emportait, il serait à 46 ans le plus vieux champion de l’histoire.

Avec trois points d’avance, les calculs sont simples pour Al Sr : il doit finir juste derrière son fils, sans qu’un autre concurrent ne soit intercalé entre les deux.

Dans l’hypothèse d’un titre pour Big Al, ce serait également une sacrée revanche pour lui. Il avait démarré l’année sans volant à plein temps, n’ayant signé que pour les trois courses de 500 miles (la fameuse Triple Crown : Indy-Michigan-Pocono) avec le team de Roger Penske. Mais celui-ci a dû faire face à l’indisponibilité de Rick Mears, encore insuffisamment remis de son terrible crash sur l’ovale de Sanair la saison précédente. Mears avait eu les deux pieds broyés et, un an après, il n’était toujours pas en mesure de s’aligner au départ des courses routières. Par la force des choses, son programme avait donc été réduit aux seules épreuves sur ovale et Al Unser avait ainsi pu récupérer un volant à temps complet.

LA COURSE

C’est la première fois que la piste de Tamiami Park est utilisée. Tous les concurrents sont donc sur un pied d’égalité. Il s’agit d’une piste de 2,86 km, comprenant huit virages et dont le promoteur, Ralph Sanchez, est également responsable de la création du célébre Grand Prix de Miami IMSA.

Lors des qualifications, trois pilotes se battent pour la pole : Bobby Rahal, Geoff Brabham et Bruno Giacomelli. Les trois pilotes prendront le départ dans cet ordre. Danny Sullivan, Roberto Moreno et Jan Lammers complètent le top 6. Al Unser, Jr. Se qualifie huitième et son père seulement douzième.

Au départ, un accrochage élimine d’entrée de jeu les deux ex-champions du monde de F1 Mario Andretti et Emerson Fittipaldi, ainsi que Roberto Guerrero. Dans la foulée, un second incident entraîne les abandons de Michael Andretti, Kevin Cogan et Raul Boesel !

Lorsque le safety car s’efface au 12ème tour, Bobby Rahal s’envole en tête. Rapidement, Geoff Brabham doit rentrer aux stands et abandonner, laissant Bruno Giacomelli mener la poursuite derrière Rahal. A ce stade de la course, la famille Unser joue la carte de la prudence.

A la fin du premier relais, il est clair que la gestion des pneus sera la clé de la course. Ayant économisé les siens depuis le départ, Danny Sullivan est le grand bénéficiaire de cette première salve de ravitaillement, puisqu’il se retrouve second derrière Rahal alors que Giacomelli est contraint d’abandonner quand un problème de freins l’expédie dans le mur.

Après un nouvel arrêt très rapide par les mécaniciens du Penske Racing (qui déjà se distinguaient en la matière), Danny Sullivan s’installe définitivement en tête au 79ème tour. Il est très brièvement sous la pression de Jan Lammers, qui commet rapidement une erreur et doit se retirer. Sullivan n’est dès lors plus inquiété, malgré les efforts de Rahal.

Et du côté des Unser ? Little Al a réussi à progresser jusqu’à la troisième marche du podium. Sullivan et Rahal étant hors de portée, tout dépend donc du résultat de son père, lequel est cinquième derrière Roberto Moreno.

Little Al doit donc croiser les doigts pour que le Brésilien tienne le coup et reste accroché à sa quatrième place. Mais « Puppo » (le surnom de Moreno) a des problèmes de pneus et Al Unser Sr le rattrape à sept tours de la fin. Un tour plus tard, il le dépasse imparablement au freinage du sixième virage.

Little Al troisième et Big Al quatrième, c’est synonyme de titre pour le second, avec un seul petit point d’avance sur son fiston ! Une situation décidément bien peu commune dans l’histoire du sport automobile.

Dans sa déclaration d’après-course, le nouveau champion déclare : « J’ai vraiment des sentiments mitigés. En passant la ligne d’arrivée, je me suis senti très mal pour lui. J’aurais vraiment aimé qu’il remporte le titre, mais d’un autre côté, c’est tellement dur de gagner un championnat que je n’allais pas laisser passer cette occasion… ».

Après ce troisième titre en Formule Indy (après ceux de 1970 et 1983), Al Unser allait encore rajouter une ligne de plus à son palmarès deux ans plus tard en décrochant une quatrième victoire aux 500 Miles d’Indianapolis, record qu’il détient toujours en compagnie d’A.-J. Foyt et de Rick Mears.

GP DE MIAMI, 03/11/1985 – CLASSEMENT DE LA COURSE :

1. Danny Sullivan
2. Bobby Rahal
3. Al Unser, Jr.
4. Al Unser, Sr.
5. Roberto Moreno
6. Danny Ongais
7. Arie Luyendyk
8. Bill Whittington
9. Josele Garza
10. Rupert Keegan

INDY/CART 1985 – CLASSEMENT DU CHAMPIONNAT :

1. Al Unser, Sr. (151 points)
2. Al Unser, Jr. (150)
3. Bobby Rahal (134)
4. Danny Sullivan (126)
5. Mario Andretti (114)
6. Emerson Fittipaldi (104)
7. Tom Sneva (66)
8. Jacques Villeneuve (54)
9. Michael Andretti (53)
10. Rick Mears (51)