Depuis un an, pas une seule course ne se passe sans que la Direction de Course ne soit pointée du doigt. Depuis Edmonton 2010 plus exactement où Brian Barnhardt (en clin d’oeil à Robin Miller de SpeedTV.com, nous l’appellerons « Super BB ») avait chipé la victoire des mains d’Helio Castroneves pour une règle interdisant au leader de protéger sa position sur un restart en conservant la trajectoire intérieure (si vous avez compris la pertinence de cette règle, s’il vous plaît, écrivez-nous). Pour les retardataires, voici une petite piqûre de rappel ici.

Cette année avec l’introduction des restarts en doubles-files, la Direction de Course a vu sa charge de travail augmenter. Pourtant lors de la première course à St. Petersburg, malgré plusieurs accrochages grotesques, aucune sanction n’est venue punir les fautifs. Les premières sanctions sont tombées à Long Beach (entre temps, Ryen Hunter-Reay avait joué au bowling en prenant Ryan Briscoe pour une quille en Alabama). Mais là encore, le panel (composé de Brian Barnhardt, d’Al Unser Jr. et de Tony Cotman) en charge de surveiller les pilotes montrait ses faiblesses. Alors que Paul Tracy se voyait infliger un « drive-through » pour avoir percuté Simona de Silvestro à l’épingle, Helio Castroneves se tira de deux accrochages dont il fut le seul responsable sans aucune sanction… « Super BB » voulait-il se faire pardonner d’Edmonton 2010 ?

Le point d’orgue est (était après la course de Loudon) intervenu à Toronto où l’épreuve a connu son lot d’erreurs de freinage, de mauvaises évaluations des distances entre les voitures et de pannes de cerveau de certains pilotes. Tout ceci a transformé la course en festival d’accrochages, mais à la surprise générale, la Direction de Course, appuyée par un Al Unser Jr. méconnaissable, a interprété ces accidents comme des « faits de course ». Il aura fallu de vives réactions des fans et une mise au point de Randy Bernard pour que Barnhardt place trois pilotes sous probation : Mike Conway, Ryan Hunter-Reay et Alex Tagliani.

Cette annonce a quelque peu calmé les ardeurs des plus fervents opposants à Barnhardt. Mais tout comme le phoenix, « Super BB » est réapparu de nulle part au meilleur moment pour fusiller l’image de l’IndyCar. En effet, réclamé depuis plusieurs années par les spectateurs et les pilotes, l’ovale du New Hampshire faisait son retour au calendrier cette saison. Cet évènement devait être la grande fête de la discipline après une absence de 13 longues années. Tout s’annonçait sous les meilleurs auspices quant au 206ème tour, la pluie fît son apparition pour la seconde fois de la journée.

Logiquement, les officiels brandirent le drapeau jaune. Mais alors que tout les pilotes faisaient clairement état par radio d’une piste impraticable, la décision fut prise de relancer la course à… dix tours du but. Pour quelles raisons ? Seul Barnhardt le sait. Et comme prévu, le résultat fut une série de glissades non-contrôlées engendrant l’accident de Will Power (alors que l’Australien pouvait refaire un retard conséquent sur Dario Franchitti au championnat), d’Ana Beatriz de Takuma Sato et d’Ed Carpenter. De plus, alors que l’INDYCAR communique sur la futur baisse des coûts grâce à la nouvelle voiture, celle-ci se paie le luxe de casser plusieurs monoplaces suite à une décision hasardeuse… Belle erreur de communication.

C’est pour ces raisons que Power, immédiatement à la sortie de sa voiture s’est vivement exprimé aussi bien corporellement (l’Australien a montré ses deux majeurs à la Direction de Course) que verbalement.
« « Je les implorais. ‘S’il vous plaît, n’agitez pas le drapeau vert, c’est trop glissant. Et de ce que me disait Tim Cindric (ndlr : son stratège), tout le monde pensait la même chose. Tout le monde le disait. » Des propos confirmés par Scott Dixon.

Power a ajouté qu’il ne voulait pas prendre la peine de parler au Directeur de la Compétition à propos de cette décision :
« Ca n’a aucune utilité. Il (ndlr : Brian Barnhardt) prend tellement de mauvaises décisions tout le temps. Ca doit stopper. Ils ne peuvent pas permettre à ce gars de conduire le spectacle, parce que sa décision a mis beaucoup de pilotes en danger et vous avez vu le nombre de personnes qui se sont sorties dans la ligne droites des stands. Honte sur lui ! Je ne peux pas croire qu’ils prennent des décisions comme celles-là.« 

« Qu’est ce que ces gars font là-haut ? Little Al (ndlr : le surnom d’Al Unser Jr.) a piloté ; il n’aurait jamais couru dans ces conditions. Pour moi, c’était de l’irrespect.« 

Concernant sa réaction impulsive, le pilote Penske sait qu’il sera dans le viseur de la série et qu’il risque une sanction.
« Ouais je sais que j’ai perdu mon calme et c’était de ma faute. Mais j’étais tellement sous de fortes émotions à propos de ça. Nous avions eu une si bonne journée. Je les implorais de ne pas le faire.« 

Même si elle n’est pas excusable, la réaction de Power est tout-à-fait compréhensible et n’est que le reflet de ce que la majorité des pilotes et des spécialistes pensent. Suite à sa réaction, Power sera peut-être définitivement écarté de la course au titre si une réduction de points lui est infligée, mais au moins, il aura eu le mérite de s’exprimer. Et une telle attitude de la part d’un garçon d’habitude si calme montre le malaise existant entre les pilotes qui mettent leur vie en péril sur la piste et l’autorité gouvernante lors des courses. Pour rappel, c’est la deuxième fois en deux ans qu’un pilote (Penske) sort de ses gonds après une décision incompréhensible de Barnhardt.

2012 marquera un tournant sur la piste avec l’introduction des nouvelles voitures, mais d’après des rumeurs de plus en plus présentes, il se pourrait qu’elle marque également un grand changement dans la Direction de Course. Tony Cotman qui est actuellement en charge de piloter le projet de la nouvelle monoplace, prendrait la place de « Super BB » une fois son travail achevé sur la nouvelle voiture et composerait lui-même son équipe (il occupait ce poste lors des dernières années du ChampCar). Un changement bénéfique qui permettrait en plus d’effacer la dernière trace du règne de Tony George qui avait nommé son ami, Brian Barnhardt à ce poste.