Nous sommes en 1913. Carl Fisher, le génialissime promoteur de l’Indianapolis Motor Speedway, souhaite donner un retentissement international aux 500 Miles d’Indianapolis, épreuve qui a déjà connu deux éditions (victoires de Ray Harroun en 1911 et de Joe Dawson en 1912).

Pour ce faire, il décide d’inviter les meilleures équipes européennes. Peugeot saute sur l’occasion et engage deux voitures pour Jules Goux et Paolo « Paul » Zucarelli. En bon hôte, Carl Fisher a bien fait les choses : il met Johnny Aitken à la disposition du constructeur français. Aitken n’est ni plus ni moins que le pit manager et responsable de la stratégie qui a conduit Joe Dawson à la victoire l’année précédente. Avec un tel renfort, Peugeot ne sera donc pas désavantagé face aux meilleures équipes américaines.

Jules Goux : le pilote-ingénieur

Né en 1885 à Valentigney, Jules Goux entre chez Peugeot comme ingénieur au début du XXè siècle. A ce titre, il fait ses débuts en compétition et remporte plusieurs victoires au volant de voitures de petite cylindrée dont il a lui-même contribué au développement.

Au sein d’une petite équipe de quelques ingénieurs, il participe à la mise au point de la Peugeot L76 qu’il fait débuter en compétition au Grand Prix de l’ACF en 1912, manquant de peu la victoire. C’est donc tout naturellement qu’il se retrouve à défendre les couleurs de Peugeot pour cette première participation aux 500 Miles d’Indianapolis.

La course

Particularité de l’époque (encore que Randy Bernard ait relancé cette pratique en 2011 – n’est-ce pas Dario ?), les positions de départ sont tirées au sort. Goux hérite de la septième place et Zucarelli de la vingt-sixième. Le Français prend la tête dès le quatrième tour avant de la céder dix boucles plus tard à Bob Burman, lequel mènera les cent miles suivants. En début de course, Zucarelli joue la course d’équipe, à la façon des 24 Heures du Mans. Alors que Goux lève le pied, il prend le rôle de lièvre et imprime à la course un rythme important pour fatiguer les mécaniques des adversaires de Peugeot. Cela ne dure pas longtemps car il doit abandonner très vite, mais c’est suffisant pour laisser des traces chez plusieurs pilotes. Jules Goux remonte alors au classement. Il domine la seconde partie de la course, n’étant que brièvement inquiété par Gil Andersen. Il franchit la ligne d’arrivée après 6h35 de course, à la moyenne de 75,993 mph (122,202 km/h).

La légende

La presse salue la victoire du pilote français et révèle la recette gagnante : Jules Goux tiendrait sa victoire du cocktail « champagne, oil and gasoline ». Il semblerait effectivement que Jules et son mécanicien (Emile Begin) aient consommé du champagne lors des ravitaillements. La rumeur n’a jamais été complètement confirmée et on retrouve plusieurs hypothèses, plus ou moins farfelues, sur cette question. Pour certains, le champagne a surtout servi à se rafraîchir pendant les ravitaillements (il faisait extrêmement chaud à Indy cette année-là), Goux et Begin s’en aspergeant et s’en servant pour des bains de bouches. Pour d’autres, le contenu d’une petite bouteille était sifflé à chaque ravitaillement ! Comme toujours, la vérité doit se trouver quelque part entre ces deux extrémités.

Quoiqu’il en soit, la fédération américaine (AAA) a établi une nouvelle règle suite à cette course : plus aucune boisson alcoolisée ne doit être consommée pendant une course par les participants !

Jules Goux revient l’année suivante à Indianapolis. S’il doit se contenter de la quatrième place, l’édition 1914 se termine sur un véritable triomphe français, avec quatre pilotes tricolores aux quatre premières places, emmenés par René Thomas et sa Delage.

Un troisième français s’imposera à Indy : Gaston Chevrolet en 1920. Depuis, on attend le suivant.

Simon et Sébastien, on compte sur vous !