La Richard Childress Racing est une écurie assez énigmatique. Tantôt omniprésente aux avant-postes, tantôt complètement invisible, l’équipe motorisée par Chevrolet ne cesse de faire le yo-yo entre haut et bas depuis plusieurs années. Au point de se demander si la RCR est réellement une écurie de pointe ou une écurie de seconde zone capable de se battre pour la victoire occasionnellement.

Pour confirmer ces propos, il n’est pas nécessaire d’ouvrir un livre sur l’histoire de la NASCAR, mais tout simplement de regarder la physionomie de cette saison 2011. Pour cette nouvelle année, la RCR avait décidé de repasser à quatre structures comme lors de la saison 2009, ce qui avait été loin d’être un succès. Cette fois, les quatre structures ont connu des fortunes très diverses.

Pour faire simple, commençons par Jeff Burton. Chaser en 2006, 2007, 2008 et 2010, l’ancien pilote Roush est complètement en dehors du coup cette année. Auteur d’une saison catastrophique (et le mot est faible !), il ne pointe qu’en vingt-quatrième position au classement général à environ 50 points du pilote le précédant, un gouffre ! Avec un seul malheureux top-10 décroché à Watkins Glen, on est en droit de se demander si Burton n’est pas en train de faire ce que l’on appelle traditionnellement ‘la saison de trop’. Il faut rappeler que le pilote de la voiture n°31 est aujourd’hui âgé de 44 ans et qu’il entame en Atlanta la 608ème course d’une carrière débutée en 1993, avec 21 victoires au compteur et une troisième place comme meilleur résultat au classement général en 2000. S’il est encore trop tôt pour envoyer définitivement Burton à la retraite, il est clair que l’essentiel de sa carrière est définitivement derrière lui.

Paul Menard, pour sa part, est le dernier pilote arrivé dans l’écurie de Richard Childress. Après de nombreuses années difficiles où il avait toutes les peines du monde à signer ne serait-ce qu’un top-10 par an, Menard dispose aujourd’hui d’un matériel bien plus performant que par le passé. Auteur d’un début de saison encourageant puisqu’il pointait à la onzième place du classement après Talladega (deux top-5 et trois top-10 à son actif), le nouveau venu est ensuite rentré dans le rang. Il faudra attendre le Michigan pour le revoir dans le top-10 mais il a surtout signé son premier succès en carrière à Indianapolis, le propulsant ainsi dans le Chase grâce à l’une des deux wild-cards. Cela n’aura malheureusement duré qu’un temps puisque son meilleur résultat lors des trois dernières courses est une vingtième-sixième place au point qu’il est aujourd’hui tout proche de sortir du top-20. Sans compter qu’il est la principale victime de la mutation de Brad Keselowski ces dernières semaines.


Quant à Clint Bowyer, on peut juste se demander comment est-il possible de le voir à la douzième place du classement alors qu’il n’a signé qu’un seul top-10 lors des huit dernières épreuves ! Il faut dire que le pilote RCR était plutôt bien parti avec huit top-10 décrochés lors des seize premières épreuves. Mais en enchaînant avec deux abandons, Bowyer a giclé du top-10 et à moins d’un miracle (toutefois possible vu ce que l’on voit ces dernières semaines), Bowyer ne sera pas dans le Chase cette année. Le champion Nationwide 2008 n’arrive toujours pas à franchir le palier qui différencie un bon pilote d’un très bon pilote. Et finalement il est bon de se demander s’il vaut vraiment mieux que la douzième place qu’il occupe actuellement.

Alors quel miracle faudrait-il pour que Bowyer se qualifie cette année ? Trois solutions. La première : rentrer dans le top-10. Avec vingt-deux points de retard sur le dixième (Tony Stewart) alors qu’il reste deux courses à disputer, cette tâche peut sembler réalisable. Sauf que Brad Keselowski est actuellement en pleine bourre et qu’il semble le mieux placé pour intégrer le top-10 à la place de Stewart dont les performances laissent à désirer ces dernières semaines. Autrement dit Bowyer ne devrait pas compter sur cette solution.

Deuxième solution : gagner une course et décrocher une wild-card, tout en restant devant Hamlin au classement. Difficile de se prononcer sur son cas pour Atlanta puisque le pilote de la voiture n°33 n’a pas de grosses références sur ce circuit, toutefois il a fait de très bonnes choses lors des essais et des qualifications. Reste également l’épreuve de Richmond, l’un des circuits qui réussit le mieux au pilote RCR. Si Bowyer gagne, il chiperait la wild-card de Denny Hamlin mais on n’en est pas encore là. Dernière solution : être le mieux classé des pilotes sans victoire pour tenter de décrocher la seconde wild-card avec les deux conditions suivantes : que Brad Keselowski intègre le top-10 et que ni Menard (20ème du classement), ni Ragan (21ème) ni Ambrose (22ème) ne soient dans le top-20. Seul Juan-Pablo Montoya peut dépasser ces pilotes et intégrer le top-20 à leur place. Une solution tirée par les cheveux et surtout Bowyer n’aurait absolument pas son destin entre les mains. Une solution quasiment improbable.

Dernier larron, Kevin Harvick. Tout comme l’an passé, le fer de lance ‘officiel’ de la RCR est celui qui représente le mieux son écurie. Entre Phoenix et Daytona, Harvick a signé une série de dix-sept top-20 consécutifs, dont dix top-10 à tel point qu’il occupait la tête du classement général après ce rendez-vous. Depuis, sept courses ont été disputées et le constat est sans appel : un seul top-10, aucun tour mené. Toutefois, il ne faudrait pas oublier qu’il a déjà signé trois victoires cette année. L’an passé, Harvick réalisait des courses solides et enchainait les résultats solides, ce qui lui avait permis de jouer le titre jusqu’en fin d’année. Cette saison, Harvick est bien moins fort et le titre est tout simplement hypothétique.

La RCR est aujourd’hui sur une pente descendante, une fois de plus. Si Kevin Harvick est qualifié pour le Chase, Bowyer et Menard ne devraient pas y participer même si cette possibilité existe encore. L’écurie sextuple championne en NASCAR Sprint Cup va devoir se retrousser les manches et travailler dur pour revenir au niveau des meilleurs. Le passage à l’injection sera déterminant et en cas de fin de saison très difficile, Bowyer pourrait aller voir ailleurs ou Burton pourrait être forcé de partir à la retraite plus tôt que prévu. L’écurie pourrait donc repasser à trois voitures et si la RCR ne doit posséder que trois structures pour être performante, alors elle ne doit pas hésiter à le faire.