Depuis la réunification entre le ChampCar et l’IRL en 2008, l’IndyCar a vu sa popularité grandir. Pourtant parmi la variété de pistes composant le calendrier, une catégorie de circuits a toujours soulevé le débat : les ovales d’1,5 mile.

Rapides, pas adaptées aux monoplaces actuelles, ces pistes proposent toutes des courses en paquet à l’image de ce que la NASCAR nous offrait il y a quelques années à Daytona et Talladega. Premiers touchés par ce phénomène, les pilotes. Les plus influents de la série ont tous pointé du doigt la dangerosité et le manque d’intérêt de ce type de courses.


Un avis partagé par une légende de la discipline, Alessandro Zanardi qui pour mieux étayer ses propos, compare le pilotage sur ovales à la fin des années ’90 face au pilotage actuel.

« Comme je le dit souvent, ce n’est pas la vitesse qui a causé un tel accident. C’est un facteur aggravant.« 

« De mes débuts sur ovales jusqu’en 1998, les ovales ont toujours été dangereux. A cette époque, mettre au point sa voiture signifiait trouver un compromis entre l’équilibre et la vitesse de pointe. Vous réduisiez l’appui aérodynamique pour la faire glisser jusqu’à ce qu’il ne soit pas trop faible pour éviter de pénaliser la vitesse de passage en courbes.« 

« Ca reposait sur du pilotage en glisse et sur la dégradation des pneus. Si un pilote tapait le mur, c’était habituellement de sa faute après qu’il ait mal jugé ses deux facteurs.

De nos jours, le pilotage est devenu trop facile. En entrée de courbe, au milieu et en sortie, la voiture est collée à la piste. Au nom de la sécurité et sur le principe l’idée est bonne, l’intention était de ralentir les voitures en leur donnant une quantité exagérée d’appuis, et de ce fait, une traînée plus importante.« 

Malheureusement, cette idée a rendu les courses d’autant plus dangereuses. Et les ingénieurs ont contourné cet handicap en développant de nouveaux réglages.

« Le résultat fut le suivant. Dans un but de trouver de la vitesse (ndlr : perdue par l’augmentation des appuis), vous voyez maintenant des réglages avec l’avant de la voiture plus haut de 7cm que l’arrière (ndlr : sur les routiers et jusqu’à l’avènement de l’IRL, l’avant était toujours plus bas pour gagner en stabilité et en adhérence) pour réduire l’effet de l’aileron ! C’est un non-sens mais c’est une nécessité pour battre le chronomètre.« 

Pour permettre aux voitures de se détacher du paquet, plusieurs idées ont été émises. L’augmentation de la puissance, la réduction des appuis et un possible retour du Handford Device. Si pour les deux premières, Zanardi est entièrement pour, il est en revanche totalement opposé au retour de la troisième.

« Au début de l’année 1998, le Handford Device a été introduit. C’était une sorte de flap en ‘L’ attaché à l’arrière et il était supposé nous ralentir en générant de la traînée. Après la première course, moi, Michael Andretti et Greg Moore avons été littéralement pris d’assauts par des journalistes enthousiastes qui disaient ‘Quelle course fantastique ! Quel magnifique spectacle !’« 

« On s’est tous regardés et sans s’être mis d’accord au préalable, avons tous répondu simultanément : ‘Avez-vous vu la même course que nous ?’« 

« Pour nous c’était de la merde. Vous ne pouviez plus créer d’écart avec votre adversaire. Notre boulot n’était plus de courir mais d’attendre pour profiter de la dernière aspiration. Plus aucun talent, juste de la stratégie et c’était tout. Sur le long terme, ça a provoqué la chute d’audience des courses d’IndyCar également.« 

Suite à ce retour en arrière, Zanardi a établi le parallèle avec la situation actuelle de l’IndyCar.

« A Las Vegas, ce n’était plus une course de pilotes. C’était un groupe de voiture allant de l’avant, avec aucune chance de s’échapper. Maintenant, lorsque vous roulez pendant cinq minutesavec votre rival à côté de vous, à ce moment vous remarquez que son sponsor n’est pas collé droit, et c’est à ce moment que vous constatez que pilotez même à l’extérieur n’est pas difficile…« 

« A ce moment, c’est comme conduire avec un instructeur. Une chose complètement idiote parce que vous commencez à être distrait. Après un moment, même si vous évoluez à 340km/h, vous ne vous en apercevez plus.« 

Enfin le double champion C.A.R.T. pense également que la règlementation actuelle a nivelé le niveau des pilotes par le bas.


« De mon temps, lorsque vous vous rendiez sur un circuit routier, Paul Tracy allait vous affrontez en vous tapant les roues. A la place, au Michigan sur un circuit ultra rapide, il avait un respect énorme pour tout le monde.« 

« Avec ces voitures, vous pilotez en conservant la ligne intérieur collé à la ligne blanche, uniquement parce que c’est la ligne la plus courte. La voiture est collée à la piste de toute façon. Mais je préfère courir avec 1000 chevaux tout en ayant à gérer la voiture au lieu de ce que nous avons aujourd’hui avec 650 chevaux et ce niveau de grip absurde.« 

Souhaitons que les nombreuses réactions de pilotes, retraités ou encore en activité poussent les organisateurs à revoir leur règlement afin de nous offrir à nouveau de vraies courses sur ovales. Tout le monde serait gagnant : les pilotes prendraient à nouveau du plaisir à évoluer à de très hautes vitesses et seraient valorisés tandis que les spectateurs assisteraient à un superbe spectacle d’équilibristes.

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