Dans une période où l’IndyCar est en train de regagner sa popularité écorchée voire diluée durant la période « Indy Racing League », jamais je n’aurais pensé prendre la plume ou plutôt le clavier pour remettre en question le comportement de certains de ses membres.

Je fais bien entendu référence au traitement infligé au Président de l’INDYCAR (l’organisme régissant le championnat de monoplaces nord-américains), Randy Bernard. Pour ceux qui auraient raté cet épisode, je vous invite à lire cette brève.

Personnellement, cette attaque de bas étage me dépite et me met en colère. Me dépite car maintenant que l’IndyCar a traversé sa période la plus dure et commence à regagner ses fans perdus au début des années 2000, certains trouvent encore le moyen de se tirer une balle dans le pied en décrédibilisant leur propre championnat. Me rend en colère maintenant car depuis son arrivée en mars 2010, Randy Bernard a toujours opéré de manière réfléchie et constructive de sorte à renforcer la discipline pour laquelle il travaille si dur. Pour illustrer mon propos, sachez que Bernard passe toute son énergie dans son combat pour ramener l’IndyCar au niveau de la NASCAR et ce de 6H jusqu’à 23H. Jusque là, aucun autre Président n’avait jamais fait autant de sacrifice pour ce sport !


Certes cet homme ne connaissait rien au sport automobile lorsqu’il a pris ses fonctions. Mais à l’inverse de son prédécesseur qui croyait avoir la science infuse (Tony George), Bernard a d’abord passé ses premiers mois à écouter tous les acteurs du championnat : les pilotes, patrons d’écuries, promoteurs, médias, spectateurs… Cela afin de définir un plan d’actions solide censé redonner à l’IndyCar son lustre d’antan. Un an-et-demi après son arrivée, quel bilan peut-on tirer de son action ? Que du positif !

Tout d’abord, l’IndyCar a retrouvé une bonne exposition à la télévision (l’audience de l’Indy 500 2012 est quatre fois supérieur à celle de 2011) ainsi qu’une bonne visibilité sur le « grand-public » notamment grâce au partenariat conclu avec IZOD (dans toutes les boutiques de vêtements proposant cette marque, vous retrouverez un lien avec l’IndyCar). Ajouté à cela un prochain film d’animation sur le principe de CARS et vous vous rendrez rapidement compte que tout a été fait pour que les Etats-Unis (re)découvrent qu’une autre discipline que la NASCAR existe dans la famille du sport automobile.

Grâce à ce renforcement « marketing », Bernard a ainsi pu attirer de nouveaux partenaires et de nouveaux constructeurs dans son championnat. Ainsi, Chevrolet et Lotus (en attendant Ford et pourquoi pas Fiat) ont décidé de franchir le pas et de rejoindre Honda en fournissant leurs moteurs. De nouveaux circuits ont également fait leur arrivée dans la série tout comme d’illustres anciens ont fait leur retour : Baltimore, Qingdao, Detroit, Fontana, Milwaukee… Pour les plus inquiets et les plus fervents défenseurs de la glorieuse époque du C.A.R.T., Elkhart Lake, Cleveland, Laguna Seca et Phoenix sont eux aussi en discussion avec Bernard pour faire leur retour au calendrier de l’IndyCar.

Alors pourquoi dans un tel contexte, certaines personnes oseraient-elles tout remettre en question ? Tout simplement pour faire passer leur propre intérêt au détriment de l’intérêt collectif. Pour la première fois sur US-RACING, je vais nommer plusieurs personnes suspectées d’être à l’origine de cette « Affaire Bernard ».

Commençons par John Barnes. Fervent défenseur de l’IRL, le patron de l’écurie Panther Racing est réputé pour son côté « magouilleur » et pour son manque d’humanité dans ses rapports avec ses partenaires. Dan Wheldon en a fait les frais fin 2010 tout comme certains mécaniciens qui étaient victimes d’impayés durant la période 2009-2010. Cette année, Barnes a fait parler de lui à Sao Paulo lors du « Turbogate ». Motorisé par Chevrolet, il n’a pas apprécié la décision de l’INDYCAR d’autoriser une modification du turbo du motoriste japonais et a été puni pour avoir exprimer trop vivement son mécontentement vis-à-vis des officiels. Peu habitué à être remis à l’ordre, Barnes a encore en travers de la gorge cet épisode qui a blessé sa fierté. Il faut dire que jusqu’à cette année et la nomination de Beaux Barfield à la Présidence de la Compétition, les propriétaires d’écuries faisaient leurs propres lois principalement en faisant pression sur Brian Barnhardt pour obtenir ce qu’ils voulaient. Mais cette période est désormais révolue.


« Vous allez mettre des personnes en colère (ndlr : suivant les décisions prises par l’INDYCAR). Mais vous devez le faire parce que c’est dans l’intérêt de la discipline. Je pense que nous avons de supers patrons d’écuries et je suis enthousiaste car ils ont été très présents pour nous soutenir.« , a confessé Bernard.

Deuxième homme cité dans cette « Affaire Bernard », Tony George, co-propriétaire de l’écurie Ed Carpenter Racing. Très lié à Barnes, il aurait accepté de soutenir son ami dans sa lutte pour la démission de Bernard. Ce n’est un secret pour personne, George n’a toujours pas digéré et ne digèrera jamais son éviction de la Présidence de l’INDYCAR par sa propre famille qui a compris sur le tard qui si l’Indianapolis Motor Speedway voulait survivre (George puisait dans les finances de l’IMS pour faire survivre l’IRL), il fallait le mettre au placard. Blessé dans sa fierté, il verrait d’un bon oeil que son successeur soit contraint de quitter le navire et ainsi abandonner les hommes qu’il a placé à ses côtés : Barfield et Will Phillips. Ne dit-on pas « Diviser pour mieux régner » ? George semble vouloir appliquer cette recette dans l’intérêt de voir ses amis reprendre les rênes de la série…

Pourtant malgré la tournure qu’ont pris les évènements, Bernard a encore une fois fait preuve d’une grande force mentale en choisissant de s’exprimer publiquement à Detroit, dans le cadre de la sixième épreuve du championnat. Plutôt que de faire profil bas, Bernard n’a pas hésité à avouer qu’il avait souffert de cette attaque mais qu’il se sentait l’âme d’un combattant pour y faire face. Bernard a également agi avec intelligence en allant rencontrer chaque patron d’écurie et en répétant qu’il était là pour les aider à surmonter leurs difficultés. Officiellement, le grief officiel des patrons mécontents sont les coûts plus élevés que prévus du nouveau matériel. Mais une fois encore, Bernard est prêt à trouver une solution pour aider chaque acteur du championnat. L’intérêt de sa manoeuvre ? S’assurer que son championnat propose un niveau de compétitivité le plus élevé possible en tirant les acteurs vers le haut plutôt que de laisser sur le bas-côtés des écuries compétentes aux moyens limités.

« Nous avons effectivement des problèmes avec les coûts, et une partie de mon boulot consiste à essayer de travailler avec les écuries sur la maîtrise et la baisse des coûts. Je ne pense pas que nous avons adopté une attitude de ‘Oh c’est dommage ». Nous avons le discours suivant : ‘Nous devons vous aider, et nous allons travailler avec vous pour essayer de réduire ces coûts.’« 

Fort heureusement, la majorité des patrons d’écuries a apporté son soutien à leur Président y compris les patrons d’écuries motorisées par Chevrolet comme Roger Penske ou Michael Andretti : « Les propriétaires ont tous exprimé leur soutient cette semaine.« 

Quant à moi, je terminerai en vous faisant partager l’un des plus beaux moments que j’ai vécu lors de notre déplacement à Indianapolis l’année dernière. Nous étions en salle de presse, lors de la conférence de presse que tenait Chevrolet sur l’avancement de leur nouveau moteur. Derrière nous se trouvait Randy Bernard. Une fois la conférence terminée, je décidais d’aller me présenter à lui et de le remercier pour son fantastique travail accompli jusque là. Après tout, il venait ni plus ni moins que de sauver la monoplace nord-américaine ! Et alors que je me présentais à lui tout en lui serrant la main et en le remerciant, Bernard m’a répondu : « Bonjour, je suis enchanté de vous rencontrer. C’est génial que vous veniez couvrir l’Indy 500 depuis la France. Merci pour votre travail.« 

Même si l’échange fut bref, le fait qu’il m’accorde quelques secondes de son précieux temps témoigne de sa belle mentalité. En effet l’IndyCar ne peut vivre et prospérer que via le soutien de ses acteurs au sens large du terme. Ainsi durant ces quelques secondes est apparu son leitmotiv : s’assurer que tout le monde a l’occasion de s’exprimer sur le produit pour lequel il travail. Ce produit s’appelle l’IndyCar et ses acteurs sont les pilotes, les patrons d’écuries, les promoteurs, les médias, les spectateurs… Bref, tous ceux avec lesquels il a travaillé depuis sa prise de poste.

Voilà pourquoi Bernard doit légitimement rester à la Présidence de l’INDYCAR. J’espère sincèrement que chaque patron d’écurie apportera par écrit s’il le faut son soutien à Bernard pour éviter une situation de crise qui le verrait quitter ses fonctions et qui par conséquent, verrait l’IndyCar mourir de sa belle mort après avoir survécu depuis 2008 et la réunification.

Les propos tenus dans cet article n’engagent que son auteur et ne reflètent pas nécessairement la pensée d’US-RACING.