Il y a dix ans, Montoya

C’était il y a dix ans déjà. Un jeune Colombien sans complexe venait de marquer de son empreinte l’histoire des 500 Miles d’Indianapolis.

Juan-Pablo Montoya, pas encore 25 ans, disputait pour la première fois de sa carrière la mythique épreuve de l’Indy 500. Montoya n’était pas un inconnu, loin de là. Le gamin avait déjà survolé le championnat 1998 de F3000 et avait réglé leur compte à plusieurs espoirs lors d’un test F1 avec l’équipe Williams. Il avait surtout remporté le championnat CART en 1999, dès sa première saison dans la discipline.

Montoya avait été choisi par Chip Ganassi pour remplacer le très victorieux Alex Zanardi qui avait décidé de tenter à nouveau sa chance en F1. D’emblée, Montoya avait séduit sa nouvelle équipe, avec son coup de volant et son agressivité naturelle. Le titre de champion CART 1999 avait récompensé cette première saison.

Pour 2000, Chip Ganassi avait décidé d’aligner son équipe à Indianapolis pour la première fois depuis 1995.

Les 500 Miles avaient souffert de la scission entre l’IRL et le CART et le retour de la meilleure équipe du CART n’était pas pour déplaire à la famille George, la liste des engagés pour ces 500 Miles devenant ainsi la plus alléchante depuis 1996, année de la scission. Du côté des concurrents habituels de l’IRL, on est moins enchantés. Il ne manquerait plus que l’équipe rivale ne leur fasse l’affront de les battre sur leur propre terrain !

Dès les essais effectivement, les évènements tournent à un affrontement IRL/CART. Lors du Pole Day, Greg Ray, le champion IRL 1999, sauve l’honneur en décrochant la pole à la moyenne de 359,564 km/h.

Juan-Pablo Montoya est deuxième, de loin le meilleur rookie au départ (le second est Sam Hornish, Jr., qualifié en 14ème position). Jimmy Vasser, l’équipier de Montoya chez Ganassi est qualifié en troisième ligne.

Ce sont donc les deux champions en titre de leurs séries respectives qui occupent les deux premières positions le jour de la course. Les organisateurs ne pouvaient rêver plus belle affiche. Dans les paddocks, l’ambiance est tendue. La rapidité de Montoya inquiète. Sa réputation aussi. D’aucuns, tel Al Unser, Jr., imaginent déjà l’impétueux Colombien dans le mur… Très virulent, Little Al ira jusquà dire : « Mon conseil à Montoya est le suivant : certains pilotes quittent Indy sur un brancard » !

Il n’en sera pourtant rien. Dès le départ, Montoya se place dans le sillage de Greg Ray. Il prend la tête pour la première fois au 27ème tour. Ray reprend son bien le tour d’après, mais c’est le Colombien qui ressort en tête après les premiers ravitaillements. Et cela va de mal en pis pour Greg Ray qui, incapable de suivre le rythme de Montoya, tape le mur au 65ème tour. C’est donc le champion IRL qui a goûté le premier au concrete wall, c’est Little Al qui a dû apprécier !

En tête, Montoya ne sera plus inquiété. Il mène les débats avec une facilité déconcertante. Quand il passe la ligne d’arrivée en vainqueur, il comptabilise 167 tours en tête (sur 200) et son plus proche adversaire, Buddy Lazier n’est pas encore sorti du turn four.

Cette victoire a permis à Montoya d’entrer de plein pied dans la légende du sport auto. Elle lui a permis également de sceller son arrivée en F1. Elle a permis enfin aux 500 Miles de retrouver de sa superbe. Convaincues par la réussite du Chip Ganassi Racing, d’autres équipes CART décidèrent de suivre ses traces. En 2001, le Penske Racing était de retour dans l’Indiana, avec la réussite que l’on sait.

Pour revenir à l’édition 2000, il fut difficile pour les adversaires de Montoya de ne pas se montrer admiratifs.

C’est A.-J. Foyt, avec son sens habituel de la formule, qui résuma le mieux l’impression générale : « Ce gamin est un sacré bon pilote. » (That kid’s a helluva race driver).

De son côté, Little Al ne fit aucun commentaire.

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