Nouvel échec pour Penske au championnat

En regardant le classement du championnat 2010 d’IndyCar et en repensant au déroulement de cette saison, il est difficile de comprendre comment Penske a perdu un titre qui lui semblait promis.

Dès les essais d’intersaison sur le Barber Motorsports Park, l’écurie de Roger Penske avait affiché ses ambitions. Helio Castroneves s’était montré le plus rapide le premier jour tandis que les trois monoplaces avaient monopolisé les trois premières places lors de la seconde journée. Mais comme à l’accoutumée, ces résultats d’avant-saison étaient à prendre avec des pincettes.

Pourtant le début de championnat allait confirmer la supériorité des Penske. Lors de la première manche à Sao Paulo, Will Power de retour après son terrible accident de Sonoma, s’imposait au terme d’une épreuve dantesque. Quinze jours plus tard à St. Petersburg, l’Australien assommait ses adversaires avec cette fois-ci, le doublé Pole Position et victoire. Et c’est précisément à l’issue de ce week-end que des doutes furent émis concernant la légalité des voitures noires et blanches.

Après avoir perdu les titres 2007, 2008 et 2009, le “Capitaine” ne pouvait plus accepter une énième défaite. Alors les ingénieurs ont mis les bouchées doubles pendant l’hiver. Au lieu de se concentrer uniquement sur la troisième voiture qui faisait ses débuts à plein temps, toute l’écurie s’est plongée dans les calculs afin d’évaluer les solutions techniques leur permettant de prendre un avantage sur la concurrence. Et c’est ainsi que naquit le troisième amortisseur censé stabiliser la garde au sol des châssis lors des phases de freinages et des changements de directions. A l’instar de ce qui se passait en Formule Un avec l’écurie RedBull, le paddock redoutait l’utilisation d’un système illégal permettant de corriger l’assiette de la voiture. Après inspection des officiels de l’IRL, il n’en fut rien et le système Penske était déclaré légal. Les autres écuries purent alors se pencher elles aussi sur cet élément mais trop tard pour enrayer l’avantage pris par Penske. Car en termes de performances pures, les voitures #3, #6 et #12 étaient tout bonnement intouchables. Pour preuve, lors des 17 rendez-vous que comptait le calendrier, à 13 reprises la Pole Position est revenue à l’une de ces trois monoplaces. La palme revenant à “Magic” Power et son record de huit positions de pointe en une saison.

Alors comment le titre 2010 a pu échapper à une écurie si bien préparée ?

Pour être honnête il faut bien admettre qu’il s’en est fallu de peu que l’édition 2010 du championnat IndyCar ne tombe dans l’escarcelle des hommes de Roger Penske. Après trois ans de disette face à Andretti Autosport puis Chip Ganassi Racing, tout semblait sourire au “Capitaine” et à son pilote numéro 1, Will Power. Mais pour la deuxième année consécutive, c’est du côté des stands que l’écurie a pêché.

Revenons en 2009 lors de l’épreuve de Motegi. En arrivant au Japon à deux courses de la fin du championnat, Ryan Briscoe pointait en tête du championnat et devançait (déjà) Dario Franchitti de 25 unités et Scott Dixon de 33 points. En cas de mésaventure pour l’un de ces deux hommes, l’Australien pouvait repartir de Motegi titré. Malheureusement, victime de la domination Ganassi tout au long de la course, Briscoe ne pouvait viser mieux que la dernière marche du podium. Et peu après la mi-course lors d’un arrêt au stand, Briscoe sans le savoir à ce moment là, allait perdre un titre qui lui tendait les bras. En repartant de son emplacement, l’Australien faisait trop patiner ses roues arrières et perdait le contrôle de sa monoplace avant d’aller frapper le muret intérieur et de plier sa suspension avant gauche. La suite appartient désormais à l’histoire et Briscoe se classera finalement troisième du championnat à 12 points de Franchitti.

En 2010 rebelote… Le coup de théâtre se déroule à nouveau dans les stands mais cette fois-ci de l’autre côté du muret. A quatre courses du but sur le Chicagoland Speedway, Will Power occupait la tête du championnat avec une marge de 59 points sur son seul rival, Dario Franchitti. Sauf retournement de situation incroyable, Power serait titré en fin de saison à Homestead. Il faut croire que la situation était trop confortable pour Penske. En fin de course, Clive Howell, stratège de Power, décidait de passer outre le dernier arrêt, estimant que le réservoir de la monoplace numéro #12 contenait suffisamment d’éthanol pour rallier l’arrivée. Erreur… Au 196ème tour, Power regagnait la voie des stands en roues libres, victime d’une panne de carburant. Avant cette mésaventure, l’Australien évoluait dans le top-5 et se battait dans le groupe de tête pour la victoire. Cruelle désillusion qui couta le titre en fin d’année. Un an après la faute grotesque de Briscoe dans les stands, une nouvelle bourde allait retirer un titre qui semblait promis à l’écurie Penske. Au final, Franchitti décrochait son troisième titre tandis que Power échouait à cinq petits points de son adversaire.

Qu’on se le dise, ces deux erreurs sont très inhabituelles pour cette écurie dont le travail dans les stands (aussi bien lors des ravitaillements que dans la préparation des voitures) fait figure d’exemple pour ces petits camarades. Mais pour celle qui a remporté 15 victoires à l’Indy 500 et 13 titres pilotes, ces deux erreurs font tâches. Et Roger Penske, le perfectionniste n’a que très peu apprécié l’issue des deux derniers championnats. A cela, si l’on ajoute que cette année ses voitures n’ont à aucun moment représenté une menace pour la victoire à Indianapolis (la course qui a une valeur inestimable à ses yeux), nul besoin de préciser que la campagne 2010 a laissé un goût amer dans la bouche de Penske. En 2011 toute erreur sera interdite et l’objectif sera simple : reconquérir le titre à tout prix pour éviter de tomber dans la spirale de la défaite. Car le fantôme de la période 1995-1999* occupe toujours l’esprit du “Capitaine”.

*Après le titre d’Al Unser Jr. en 1994, Penske devait s’incliner face au Team Green et Jacques Villeneuve en 1995. En 1996 Unser Jr. se battait pour le titre face à Jimmy Vasser et Michael Andretti mais dut laisser le titre au pilote Ganassi. S’en est suivi une lente descente aux enfers pour Penske jusqu’à l’an 2000 et l’arrivée de Gil de Ferran. Grâce au Brésilien l’écurie décrocha sa 100ème victoire et retrouvait enfin son statut qu’elle occupe toujours aujourd’hui.

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