Ten years ago, we lost the Intimidator *

En sport automobile, malgré l’accroissement quasi quotidien de la sécurité, le danger est toujours présent et le risque zéro n’existe pas. Il ne se passe pas une année sans que des pilotes perdent la vie. Parfois un pilote inconnu du grand public nous quitte, parfois ce sont des pilotes de légende qui disparaissent en exerçant ce qu’ils aimaient le plus dans la vie : la course automobile. Ayrton Senna ou Dale Earnhardt faisaient partie de la dernière catégorie et malgré leurs statuts de légendes vivantes, ils nous ont rappelé qu’ils étaient des êtres humains.

Dale Earnhardt n’a jamais voulu faire un autre métier que pilote automobile et pour cause : son père Ralph Earnhardt était lui-même pilote de NASCAR. Il passera ainsi tout le début de sa vie à se concentrer sur cet unique objectif qui n’était vraiment pas simple en cette période surtout pour quelqu’un qui disposait d’un budget assez réduit.



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Le décès de son père en septembre 1973 n’a fait qu’accentuer l’envie de réussir d’Earnhardt et sa première récompense fut un volant pour disputer les World 600 à Charlotte en 1975. En 1979, le grande Dale dispute sa première saison complète grâce à un homme, Rod Osterlund, qui décide de lui donner sa chance. Bien lui en a pris puisque son pilote terminera en septième position au classement général, malgré quatre courses de moins que ses rivaux, remportant au passage le titre de ‘rookie of the year’ et signant son premier succès en carrière à Bristol lors des Southeastern 500.

La collaboration continue l’année suivante pour déboucher sur cinq victoires mais surtout le premier de ses sept titres. Richard Petty, Cale Yarborough, Darrell Waltrip ou encore Bobby Allison, les références de l’époque, ont découvert un nouvel adversaire à leur mesure ! En deux ans, Earnhardt s’est déjà fait un prénom et a déjà apposé sa patte dans l’histoire de la NASCAR.

L’année suivante, Rod Osterlund vend son écurie et le fils de Ralph se retrouve à pied. Bien évidemment, les offres pleuvent sur le champion en titre, dont une offre d’un certain Richard Childress. Pilote indépendant et talentueux, il décide de stopper sa carrière de pilote afin de s’occuper de cette de Dale. Il fonde sa propre écurie, part à la chasse aux sponsors pour réaliser une structure solide et spécialement dévouée à Earnhardt. Ce dernier ne veut pas courir dans une écurie sans expérience mais accepte finalement la proposition. A la fin de la saison qu’il conclura à la septième place mais sans victoire, Childress lui conseille d’aller dans une autre écurie pendant quelques temps. Il signera finalement avec l’écurie de Bud Moore. Ces années ne resteront pas comme les meilleurs pour la future légende de la NASCAR.

En 1984, Earnhardt décide de revenir chez Childress dont l’écurie commence à bien tourner. Le début d’une très grande histoire avec 67 victoires en commun mais surtout six titres de champion (86, 87, 90, 91, 93 et 94). La légende Earnhardt débute ici. Cette collaboration entre Earnhardt et la Richard Childress Racing sera l’une des plus prolifiques et intenses jamais vues en NASCAR. Les deux hommes ont développé des liens d’amitiés très fort comme il en existe peu dans le sport en général.

Dale Earnhardt était un pilote, mais c’était aussi un homme, un caractère, et pas n’importe lequel. Son agressivité en piste (héritage paternel) était craint par tous ses adversaires et même si l’on vénère le personnage, il faut bien reconnaitre que certaines de ses manœuvres ne méritent pas forcément d’applaudissements.



Racing One/Getty Images

Bristol Motor Speedway, 28 août 1999. La course est relancée à cinq tours du drapeau à damiers. Earnhardt est alors en tête et semble s’envoler vers une soixante treizième victoire en carrière. Derrière, Terry Labonte remonte comme une fusée. Reparti cinquième, le pilote Hendrick double coup sur coup Mark Martin, Jeff Gordon et Tony Stewart. Un exploit extraordinaire puisque pour rappel, la seule manière de dépasser sur l’ancien revêtement de Bristol était de pousser le pilote devant vous. A l’amorce du dernier tour, Labonte attaque la Chevrolet n°3 et passe. Earnhardt, vexé, l’enverra dans le décors cinq secondes plus tard. Sur la victory lane, il est hué par tout le public du Bristol Motor Speedway. A l’inverse, ceux qui mettaient Earnhardt dehors en prenaient pour leur grade. C’est ce quo est arrivé à Jeremy Mayfield en 1995 à Pocono.

Earnhardt a toujours été un pilote très caractériel et ne s’en est jamais caché. Lorsqu’il traversait l’allée des stands, l’intensité des conversations diminuaient et tous les regards se tournaient sur son passage. Si aujourd’hui tout le monde porte Earnhardt dans son cœur, il n’en était pas forcément de même lorsqu’il était encore en vie. Une bonne partie du public le détestait, et le mot est peut-être faible, alors que les autres le vénéraient. En piste, ses adversaires le craignaient et beaucoup d’entre eux n’avaient pas peur d’avouer que la simple présence de la Chevrolet n°3 dans leurs rétroviseurs était vraiment intimidante, ce qui lui vaudra le fameux surnom ‘The Intimidator’. Sa façon de piloter ne laissera en tout cas personne indifférent.

Mais c’était aussi l’un des pilotes les plus talentueux qu’ait connu la NASCAR. Lors du All-Star en 1987, Earnhardt et Bill Elliott se livrent une grande bataille dans les derniers tours de la course. A l’entrée de la ligne droite avant, Earnhardt se fait toucher par Bill Elliott et sa voiture part dans l’herbe. Aucun soucis, Earnhardt reste pied au plancher et revient sur la piste toujours en tête ! Une manœuvre gravée dans l’histoire et qui fait encore parler d’elle plus de vingt ans après : voici le fameux ‘pass in the grass’. Earnhardt rime également avec Talladega, son jardin favori, théâtre de sa dernière victoire en carrière. Le tour de force est énorme : il remonte de la dix-huitième place à la première en quatre tours et sans aucune aide, simplement par ses propres moyens. Cette remontée a déclenché l’hystérie du public qui hurlait lorsqu’Earnhardt est passé dans le dernier tour, jusqu’à en couvrir le bruit des moteurs !



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Le pilote de la Chevrolet n°3 était un spécialiste des courses à plaques de restriction et pourtant, il devra attendre 1998 pour décrocher le Graal : une victoire aux Daytona 500. Nombre de fois Earnhardt sera passé proche du succès, il aurait d’ailleurs connu plusieurs succès aux Daytona 495, comme il le disait lui-même. 1998 restera pourtant sa seule victoire conclue par une haie d’honneur dans la voie des stands où tous les mécaniciens de toutes les écuries s’étaient mis en file indienne pour le féliciter.

Ironie du sort, c’est lors de cette même épreuve qu’il perdra la vie en 2001. Un jour noir dans l’histoire de la NASCAR. L’histoire est d’autant plus dramatique qu’il se tuera dans le dernier virage lors du dernier tour de ‘The Great American Race’. Alors qu’il tentait de contenir une partie du peloton pour laisser partir ses deux pilotes vers la victoire, Earnhardt est entré en contact avec Sterling Marlin, ce qui a déstabilisé sa voiture. Lors de sa remontée sur l’ovale, il entre en collision avec Ken Schrader avant de taper le mur. Le contact n’était pas bénin mais on était très loin de se douter de la suite.

Alors que Schrader sortait sans problème de sa voiture, Earnhardt restait cloitré dans la sienne. Tout de suite, le pilote Pontiac faisait signe au corps médical de foncer. Darrell Waltrip, qui commentait déjà sur la FOX à l’époque, était partagé entre la joie de voir son petit frère remporter sa première course en carrière et l’inquiétude de ne pas voir Earnhardt sortir seul de sa Chevrolet. Dès la descente de sa voiture, Earnhardt Jr. courrait vers la carcasse de son père. L’inquiétude se faisait plus grande à chaque minute et ce n’est pas Ken Schrader qui la diminuera lors de son interview : “Je ne suis pas docteur, mais j’ai tout de suite compris que c’était grave.” L’Intimidator était déjà bien mal en point. Conduit directement à l’hôpital, l’homme aux sept titres rejoindra malheureusement son père quelques heures plus tard.


C’est lors d’une conférence de presse que Mike Helton a délivré l’information. “C’est sans doute l’une des annonces les plus difficiles que j’ai eu à faire. Mais… après l’accident dans le virage n°4 à la fin des Daytona 500, nous avons perdu Dale Earnhardt.” La réalité avait rattrapé la fiction, l’emblématique Dale Earnhardt était parti à tout jamais, laissant derrière lui une empreinte tellement forte…

La journée exceptionnelle que représentait le Daytona s’est transformée en cauchemar pour des millions de gens. Pour son fils Dale Earnhardt Jr., qui a longuement hésité avant de choisir de poursuivre sa carrière. Pour Michael Waltrip, Steve Park et Ron Hornaday Jr. qui portaient les couleurs de la Dale Earnhardt Incorporated ainsi que pour Teresa Earnhardt bien évidemment. Pour Richard Childress, qui avait perdu son grand ami et surtout celui qui lui avait permis d’arriver là où il en était. Pour Ken Schrader et Sterling Marlin qui s’en sont toujours voulu d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment. Sans oublier les millions de fans à travers le monde.

Certain fans ont même envoyé des lettres de menace à Streling Marlin pour avoir selon eux provoqué la mort de leur héros. Dale Earnhardt Jr. et Michael Waltrip ont dû faire une intervention officielle pour dédouaner le pauvre pilote Dodge.

Les semaines qui suivirent furent difficiles pour le petit monde de la NASCAR. Si certains événements ont apporté un peu de baume au cœur du public (la victoire de Steve Park le week-end suivant, celle de Kevin Harvick, remplaçant de Dale Earnhardt, à Atlanta pour son troisième départ en carrière ou encore le succès de Dale Jr. lors de l’épreuve estivale de Daytona), l’esprit du ‘gars en noir’ était bel et bien présent sur chacune des courses lors de la saison 2001.



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Childress avait demandé à conserver ce n°3 même s’il ne l’utilisait plus. Kevin Harvick avait d’ailleurs décidé lui-même de choisir un autre numéro, en l’occurrence le 29. Le n°3 sera accolé sur la carrosserie de sa voiture quelques saisons plus tard sous le montant de sa portière (ce qui est toujours d’actualité) pour un hommage perpétuel à son prédécesseur. Jamais plus une voiture n’a utilisé une décoration GM Goodwrench toute noire comme la voiture n°3. La première monture d’Havick sera d’ailleurs toute blanche, avant de devenir grise quelques saisons plus tard et de retendre vers le noir en particulier en 2006.

Le n°3 n’a jamais plus été utilisé en Sprint Cup alors que Dale Earnhardt Jr. l’a utilisé une seule fois récemment, c’était à Daytona en NASCAR Nationwide Series. Pour sa part, Austin Dillon, le petit-fils de Richard Childress, l’utilise quotidiennement en Truck Series mais il est fort probable qu’il ne le gardera pas en Cup.

Le décès d’Earnhardt aura obligé la NASCAR à faire des avancées significatives dans le domaine de la sécurité. Le système Hans qui était recommandé à l’époque est désormais obligatoire. Earnhardt ne le mettait d’ailleurs jamais et c’est sûrement ça qui lui a couté la vie. Les safer walls ont fait leur apparition, sans oublier la COT qui a été le fruit d’une très long travail dans le domaine de la sécurité, avec le succès que l’on connait dans ce domaine.

Pour couronner la carrière d’Earnhardt, la NASCAR lui a offert une place dans la première promotion du Hall of Fame en 2010. Histoire de rendre un dernier hommage à l’homme aux sept titres (record partagé avec Richard Petty) disparu il y a dix ans maintenant. Le 18 février 2001, une légende nous a quitté. Pourtant, l’affection du public pour Earnhardt n’a jamais été aussi forte qu’elle l’est actuellement. L’Intimidator restera à tout jamais dans le cœur des fans de NASCAR.

* Il y a dix ans, nous perdions l’Intimidator

A voir également:
La carrière de Dale Earnhardt en images.



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