Et si le destin tournait en faveur de Kanaan ?

La nouvelle est tombé immédiatement après la dernière course du championnat 2010. Tandis qu’Andretti Autosport rangeait ses affaires sur l’ovale d’Homestead, une bombe éclatait dans le paddock de l’IndyCar. Tony Kanaan ne pilotera plus pour Michael Andretti en 2011, la faute au désistement de son sponsor, parti soutenir celle qui l’avait battue ce jour-là pour la troisième place, Danica Patrick.


Tant pour les fans que pour Kanaan, la nouvelle fut difficile à avaler. En effet, comment une telle nouvelle pouvait venir contrecarrer les plans de celui qui faisait avancer l’écurie Andretti Autosport. Sans lui, l’écurie allait se priver d’un leader, de son leader à la fois charismatique et technique. Le Brésilien était présent lorsque l’équipe a traversé la frontière du CART vers l’IRL en 2003. Le Brésilien a remporté le premier titre IRL de l’écurie en 2004. Il ne lui manquait qu’une victoire à Indy pour se targuer d’avoir tout gagné. Pourtant, dans un univers où l’argent prime et où la mémoire est courte, les faits ont eu raison de la logique… Et c’est ainsi que Kanaan se retrouvait à pied à l’inter-saison 2010-2011. S’en est alors suivi un long travail de recherche de partenaires. Un travail que Kanaan n’avait plus pratiqué depuis plus d’une décennie et qui lui rappelait une lointaine situation…

Retour à la fin des années 80, Kanaan est alors un tout jeune pilote qui vient d’arriver en Europe et cherche à se faire connaître pour grimper les échelons du sport automobile. Son talent est indéniable mais ses fonds sont limités. Pour prouver son engagement hors-normes, Kanaan est prêt à tout, y compris à travailler pour son constructeur de châssis de karting et à dormir par terre dans l’atelier… En 2011 il se remémore ces années difficiles et part alors à la recherche de sponsors. Trois mois s’écoulent et tandis qu’il voyage aux quatre coins de l’Amérique (durant cette période, Kanaan voyageait tellement qu’il était incapable de donner sa véritable adresse en Floride) il fait la démarche de rappeler un vieux compagnon de route : un certain Jimmy Vasser.

Pendant l’hiver, Vasser avait approché Kanaan mais ce dernier préféra s’engager avec son grand ami et compatriote Gil de Ferran. Hélas l’aventure prit fin avant même qu’elle n’ait eu le temps de véritablement démarrer. Privé de volant alors qu’il possède encore la hargne d’un jeune pilote, Kanaan décida de relancer son ancien adversaire du CART et bien lui en a pris. A une semaine du coup d’envoi de la saison, Jimmy Vasser annonçait l’arrivée de son ami dans la structure KV Racing Technology/Lotus. A ce moment tout le monde se félicitait de cette annonce et peu de monde imaginait la suite de cette aventure…

Car après deux courses, il faut bien admettre que le début de saison de Kanaan fait honneur au glorieux passé des couleurs qu’il défend. Indéniablement Colin Chapman serait fier de lui. Excellent metteur au point, redoutable attaquant et diablement rapide, le champion 2004 possède toutes les qualités d’un pilote Lotus comme pouvaient l’être les pilotes de Formule Un Jim Clark, Graham Hill, ou plus proche de nous, Nigel Mansell ou Ayrton Senna.

Pour preuve, en terminant sur la troisième marche du podium lors de l’ouverture de la saison alors qu’il n’avait parcouru qu’une cinquantaine de miles sept jours auparavant sur le petit circuit routier d’Homestead-Miami et qu’il ne connaissait pas la moitié des membres de son équipe, Kanaan étonnait une première fois tous les observateurs. Deux semaines plus tard, sur la piste très technique du Barber Motorsports Park, la situation paraissait bien mal engagée pour le Brésilien. Qualifié à une inhabituelle et lointaine 24ème position (sur l’avant-dernière ligne), la course s’annonçait longue pour le pilote de la monoplace #82 (en hommage à Jim Clark qui avait remporté les 500 Miles d’Indianapolis en 1965 au volant de cette voiture). Mais grâce à son ingénieur en chef, Michael Cannon qui décida de copier les réglages de Takuma Sato, Kanaan retrouvait une monoplace compétitive lui permettant de se sentir en confiance. Au premier tour, la sanction fut immédiate pour ses adversaires : 10 places de gagnées sans une seule rayure sur les flancs de sa Dallara. La suite fut un récital et au terme des 90 tours et après plus de deux heures de course, Kanaan franchissait la ligne à la sixième position et prouvait une nouvelle fois qu’il était bien le meilleur dans l’exercice du dépassement grâce à 18 positions gagnées au total.

Avec un top-5 et un top-10, Kanaan occupe actuellement la troisième place du classement des pilotes. D’où la question légitime que l’on est en droit de se poser. Est-ce que son départ forcé d’Andretti Autosport n’est finalement pas une chance pour lui de relancer sa carrière ? Si l’on observe les résultats de son ancienne écurie, la réponse est immédiate : OUI ! Et après tout, ce n’est que justice pour celui qui a toujours privilégié la loyauté envers son ancien employeur en refusant une offre de Chip Ganassi Racing à la fin 2006… Alors 2011 verra t-elle Kanaan se battre pour le titre ? Peut-être. En tout cas la beauté de cette histoire nous rappelle à tous que la volonté fini toujours par payer. Et si l’on considère la traversée du désert de KVRT/Lotus et les difficultés de Kanaan avec Andretti Autosport en 2010, l’histoire n’en est que plus belle.

D’ici à ce que les deux parties gagnent les 500 Miles d’Indianapolis pour le centenaire de l’épreuve…

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