Ryan Briscoe est de retour : explications

A 29 ans, Ryan Briscoe n’a plus rien du jeune pilote fougueux venant tenter sa chance après que les portes de la Formule Un se soient fermées. Arrivé en IndyCar en 2005 grâce à Toyota dans l’écurie Chip Ganassi Racing, l’Australien bien que rapide avait pris la mauvaise habitude de terminer 50% de ses courses dans un accident. Mais bien souvent c’est grâce à ses propres erreurs que l’on apprend. Et Briscoe a parfaitement appliqué cet adage après son effroyable accident survenu sur le Chicagoland Speedway.


Durant sa convalescence, l’ex-pilote Ganassi en a profité pour faire un premier travail sur lui-même. Terminé le temps de l’insouciance, il fallait désormais faire preuve de maturité pour s’affirmer comme une valeur sûre. Après quelques intermèdes en A1GP puis en ChampCar, la lumière est venue de Roger Penske qui n’a pas hésité à lui confier l’une de ses deux prototypes Porsche engagés en ALMS. Dès sa première saison, les progrès furent évidents et Briscoe termina le championnat à la deuxième place. Suffisant pour lui permettre une promotion en IndyCar.

Et quelle promotion ! Désigné remplaçant de Sam Hornish Jr. alors vainqueur des 500 Miles d’Indianapolis et du championnat en 2006, la pression était forte sur les épaules de l’Australien. Mais aux-côtés d’Helio Castroneves, un pilote d’expérience et avec lequel la communication est aisée, tout était mis en place pour faciliter l’adaptation du nouveau venu. Profitant de cet environnement favorable, Briscoe impressionna les observateurs en décrochant trois Poles Position, deux victoires et surtout une cinquième place finale au championnat. Son examen de passage réussi, il ne lui manquait plus que la régularité pour prétendre être un candidat au titre.

Chose demandée ? Chose faite… En 2009 Briscoe prend une nouvelle envergure. Alors qu’il était clairement le deuxième pilote du Team Penske en 2008 face à Helio Castroneves qui s’était battu jusqu’à la dernière course pour le titre, Ryan Briscoe franchissait un nouveau pallier en 2009 qui le vit occuper le fauteuil de favori pour le titre jusqu’à l’avant-dernière course de la saison. A Motegi alors qu’il occupait la troisième position à quelques dizaines de tours de la fin, Briscoe rate sa relance après son arrêt ravitaillement et vient frapper le muret intérieur… Relégué à plusieurs tours de retard, le pilote Penske voyait ses espoirs de titres fondre comme neige au soleil…

2008 représentait la révélation, 2009 la confirmation. Que pouvions-nous donc attendre de sa campagne 2010 ? Rien de plus que le titre de champion. Occupant le rôle du principal adversaire de Dario Franchitti et de Scott Dixon, Ryan Briscoe entamait sa saison 2010 à Sao Paulo comme il avait fini 2009 : par une bourde. En tête à quelques encablures de l’arrivée, le pilote Penske se fit prendre au piège sur le difficile tracé brésilien et dû abandonner. Cette course pourrait résumer à elle seule sa saison 2010. Malheureusement pour lui, son déclin coïncidait avec l’éclosion d’un second Australien, Will Power. A la fin de la saison, ses résultats furent si décevant que Roger Penske, celui même qui l’avait promu en 2008, menaçait directement sa participation en 2011.

Pour Briscoe ce fut l’électrochoc. Il ne pouvait pas se permettre de vivre une nouvelle déception. Alors il décida de se prendre en charge et d’effectuer une grosse remise en question. Premier élément : l’aspect mental .
Je pense que j’ai eu un électrochoc l’année dernière. En regardant bien, je pense que je prenais un peu trop les choses pour acquises. En y repensant, je ne faisais pas attention mais maintenant je m’en rends compte et je ne pouvais pas me permettre de continuer. Et en plus, je n’étais pas certain d’avoir un volant pour cette saison. Je réfléchissais à cette période et je me disais qu’il y a quelques temps, je me battais pour un championnat et que maintenant je me battais pour conserver ma place. J’ai donc pensé que je devais aller au boulot et trouver tout ce que je pouvais pour mieux faire les choses.

Je pense que l’élément principal est le mental mais c’est difficile à contrôler. Soit vous avez la volonté soit vous ne l’avez pas, et je l’ai, ça demande des efforts. Vous devez travailler dur. Vous ne pouvez pas simplement vous pointer à une course avec votre casque et vous attendre à bien faire. Nous travaillons pour trouver des avantages minimes de nos jours, et ça demande de passer beaucoup de temps avec votre ingénieur, à l’atelier, à chercher des informations et ainsi de suite.

Second élément : la technique. L’évolution des monoplaces d’IndyCar avec l’apparition des boîtes séquentielles avec palettes au volant a quelque peu bouleversée le pilotage. Ici il est intéressant de s’attarder sur la véritable transformation qu’a dû effectuer Briscoe pour revenir au niveau. Un changement qui prend du temps et qui ne paie que seulement maintenant.
Je me suis assis dans la voiture de Will (ndlr : Power) pour me faire une idée de ce à quoi ressemblait son ‘bureau’ et j’ai pensé qu’il avait un avantage ici. Le plus gros élément était de passer d’un freinage ‘pied droit’ à un freinage au pied gauche de nouveau. Je l’ai fait partout avant : en karting, durant mes tests en F1, en ALMS, en ChampCar. Le seul endroit où je ne l’avais jamais fait était ici, en IndyCar parce que les boîtes de vitesses (ndlr : du temps où celles-ci utilisait encore un levier et aucune assistance hydraulique) du moins avant l’arrivée des palettes au volant, étaient particulièrement difficiles à manier et je trouvais qu’utiliser mon pied droit pour faire le ‘talon-pointe’ aidait la voiture à se stabiliser.

Explication. Ce changement du freinage “pied droit” (à l’ancienne) au freinage “pied gauche” nécessite toujours au pilote de stabiliser la voiture, mais au lieu de maîtriser le tréssautement des roues arrières lors du rétrogradage, le pilote va agir sur le transfert des masses lors du freinage. Ainsi suivant les situations, tandis que le pilote freine avec son pied gauche, il va garder un léger filet de gaz avec son pied droit pour adoucir le transfert de poids vers l’avant et conserver suffisamment de grip sur le train arrière. Si ce changement peut paraître anodin, c’est pourtant bien d’un gain entre 3 et 6 dixièmes au tour dont nous parlons. Sans ce changement de style, Briscoe ne serait jamais revenu au niveau de son coéquipier.

Cette situation démontre toute l’humilité et la lucidité qui caractérisent Briscoe. Avec de telles qualités associées à sa pointe de vitesse, nul doute que l’Australien sera de retour parmi les prétendants au titre.

in libero diam venenatis, consequat. Praesent elit.