Alex Zanardi à la conquête d’un titre olympique (2/2)

Au moment de quitter la voie des stands, Zanardi retire le limiteur de vitesse et s’apprête à reprendre le rythme de la course sur la ligne intérieure qui rejoint la piste. Mais à peine sa voiture accélère, que le train arrière de sa Reynard-Honda se dérobe. Glissant sur du fluide répandu par un véhicule d’intervention et sur l’huile du moteur de Paul Tracy rentré quelques tours auparavant, voilà la voiture de l’Italien en travers dans l’herbe entre la sortie des stands et le virage 1. Il tente de la récupérer en contrebraquant et en jouant sur les freins et l’accélérateur mais en vain. Le pilote Mo Nunn est toujours dans l’herbe mais au plus près de la piste et voilà que Patrick Carpentier déboule et parvient tout juste à l’éviter, prévenu à temps par son spotter. Quelques secondes plus tard, voilà désormais Zanardi échoué sur la trajectoire intérieure quand soudain, Alex Tagliani surgit à plus de 200mph et ne peut éviter la monoplace numéro #66 en perdition. L’impact est lourd, violent, choquant. La monoplace du pilote Forsythe Racing a le train avant arraché et manque de décoller tandis que la voiture de Zanardi est pulvérisée et sous l’impact s’est coupée en deux. Immédiatement les images frôlent l’insoutenable puisque des morceaux de chairs sont apparents. On le devine, Zanardi vient de perdre ses jambes mais le pire est à craindre.


Bien que l’équipe de sécurité soit intervenue comme toujours extrêmement rapidement, le temps presse pour sauver le double champion CART. Sous la houlette de Terry Trammell et de Steve Olvey, les médecins en chef du CART, le premier secouriste arrivé sur les lieux travaille sur les importantes hémorragies de Zanardi mais ne parvient pas à faire son garrot. Trammell prend alors le relai et bouche les hémorragies aux deux jambes avec ses deux pouces tandis qu’un autre secouriste utilise sa ceinture en guise de garrot. Ces premiers gestes permettent d’installer Zanardi sur la civière mais dans cette opération, le garrot gorgé de sang glisse et de défait. Une nouvelle fois, le sentiment de panique est palpable mais finalement, l’équipe médicale parvient à installer Zanardi dans l’hélicoptère médical en direction de l’hôpital de Berlin qui se situe à 55 minutes (l’hôpital de Dresden était plus proche mais son niveau d’équipement n’aurait pas permis au pilote italien de survivre). Au final, entre son accident et le moment où il est arrivé à l’hôpital, Zanardi a perdu 3,75 litres de sang (soit les trois quarts que contient le corps humain) et son cœur s’est arrêté à sept reprises. Le pilote Mo Nunn a même reçu les derniers sacrements. Sa survie tient donc du miracle. Mais comme Zanardi aime le dire : s’il est encore de ce monde, c’est en premier lieu grâce à l’équipe médicale du CART.

Passé les soins intensifs, Zanardi se réveille après sept jours de coma. Sont présents dans sa chambre pour lui annoncer son amputation, le Docteur Schaffartzik et sa femme Daniela. Lorsqu’il apprît qu’il allait survivre, Zanardi déclara alors avant de se rendormir “Eh bien en voilà une bonne nouvelle.“. Peu après en regardant des peintures de fleurs dans sa chambre, Zanardi soutint à sa femme sous l’effet des médicaments qu’il s’agissait de “Tony Kanaan et Jimmy Vasser.“. Voilà qui illustre parfaitement la bonne humeur et l’humour de cet homme hors du commun.

Depuis ce funeste mois de septembre, Zanardi n’a cessé de travailler mentalement et physiquement pour vivre “normalement” malgré son handicap. Encouragé par le Docteur Costa (réputé dans le monde du sport et en particulier dans le sport motocycliste), Zanardi s’est chargé de développer des prothèses avec l’aide de plusieurs médecins. Son goût pour la perfection l’a poussé à apporter le même soin à la mise au point de ses prothèses qu’à celle de ses voitures de course. Tout cet incroyable travail a permis à Zanardi de retrouver une vie normale et l’autonomie d’un “valide”. A tel point qu’il poursuivit sa carrière en sport automobile tout d’abord en ETCC (le championnat d’Europe des voitures de tourisme) puis en WTCC et réussit l’exploit de remporter trois victoires au volant d’une BMW équipée de commandes au volant ! Zanardi s’installa même de nouveau dans une monoplace du CART en 2003 afin de boucler les 13 derniers tours qui lui manquèrent pour remporter l’épreuve du Lauzitzring. A noter que durant ses treize boucles, son meilleur tour l’aurait placé sur la cinquième place de la grille de départ ! Enfin, fin 2009, l’Italien se glissa dans le cockpit d’une BMW-Sauber à Valencia pour effectuer quelques tours en Formule Un. Encore une fois, sa pointe de vitesse impressionna au plus haut point, démontrant que Zanardi n’avait rien perdu de son talent et de sa combativité.


Et c’est précisément grâce à cette dernière qualité qu’il décida en 2007 d’entamer une nouvelle carrière d’athlète. Désireux de démontrer que le handicap n’est pas automatiquement synonyme de rêve brisé, l’Italien se met au défi de disputer le marathon de New-York sur un vélo à main. Sa première tentative, réalisée avec peu d’entraînement débouche sur un exploit puisqu’il termine quatrième. Mais à force d’entraînement et de volonté, son jour de gloire arrive finalement en 2011 puisqu’il remporte le Marathon de New-York et file désormais vers un autre objectif, disputer et devenir médaillé aux Jeux Paralympiques de Londres 2012. Toujours ultra-populaire dans son pays, Zanardi incarne l’espoir de tout un peuple en ces temps de crise économique tout en restant incroyablement modeste et humble sur son sort

Si quelqu’un, dans la difficile situation que se trouve notre pays, trouve un peu d’inspiration en moi, je ne suis pas seulement satisfait, mais je suis surtout touché.

J’imagine que vous pouvez voir qu’à travers ce qui m’est arrivé, vraiment, vous pouvez trouver du positif tous les jours de votre vie. Chaque jour peut être une nouvelle opportunité d’ajoutez quelque chose à votre existence.

Considéré comme un participant de prestige il y quelques années, Zanardi fait désormais partie des favoris de sa discipline, notamment grâce à son expérience tirée du sport automobile.

Je suis une personne très curieuse, et ça m’a aidé durant toute ma carrière. L’une des choses que je préfère est d’aller dans mon garage, regarder attentivement mon vélo et chercher tous les ajustements que je peux faire dessus. Il ne fait aucun doute que j’ai perdu du temps, mais sans conteste, j’ai fait des trouvailles que mes concurrents n’ont jamais essayées.

Questionné sur son avenir après les Jeux Paralympiques de Londres, Zanardi a avoué vouloir participer au Triathlon des Jeux Paralympiques de Rio en 2016 mais son désir le plus profond est de boucler la boucle en sport automobile. Revenir en IndyCar pour disputer la seule course qui manque à son CV : les 500 Miles d’Indianapolis. Une éventualité tout-à-fait possible si l’on considère qu’il fut l’un des candidats pour disputer la finale de la saison 2011 à Las Vegas.

Sur un ovale, la plupart du temps vous évoluez avec l’accélérateur à fond. Donc à partir du moment où vous avez un bon contrôle de l’accélérateur, vous pouvez être très rapide si vous savez ensuite comment vous occuper du volant. Vous devez toujours freiner, particulièrement pour les arrêts aux stands, mais je pense que je pourrais m’en sortir.” (ndlr : Zanardi utilisait sa prothèse pour freiner en WTCC et lors de ses tours de pistes en monoplaces, grâce à la force de son bassin et de sa cuisse).

Pour terminer, voici la manière dont Zanardi aimerait voir cette opportunité devenir réalité pour ensuite penser à d’autres défis.

Dans un monde parfait, Chip (ndlr : Ganassi) m’appellerait et me demanderait si je souhaite disputer les 500 Miles d’Indianapolis. Ce serait cool. Laissez-moi faire ça en ensuite nous verrons.

En attendant, “Sandro” représentera fièrement les couleurs de l’Italie à partir du 29 août et donnera le maximum comme lors de toutes les courses auxquelles il a pris part. Et son rêve de médaille pourrait bien devenir réalité. Si “impossible n’est pas français”, une chose est sure, l’expression “le rêve devient réalité” est assurément italienne et Zanardi en est le parfait exemple.

A lire également : “Alex Zanardi à la conquête d’un titre olympique (1/2)

Aenean ut ipsum ut Praesent velit, nec eget Phasellus