Les raisons du retour en grâce de Marco Andretti

Au soir de Fontana l’année dernière, Marco Andretti termine sa saison avec une huitième position après s’être élancé depuis la Pole Position. Une bien maigre consolation pour celui qui a pris la 16ème place finale au classement des pilotes.

Lassé par ce qu’il qualifie lui-même de “désastre“, Andretti décide donc de se prendre en main et de commencer un long travail d’analyse durant l’intersaison afin de mettre le doigt sur ce qu’il fait mal pour repartir d’une feuille blanche en 2013.

J’ai toujours ressenti de la pression, mais ne pas être dans le cercle des vainqueurs l’année dernière m’a achevé, particulièrement quand mon coéquipier a gagné le championnat.

Mais je dois en tirer le positif et me dire que je suis dans une écurie capable de remporter le championnat et que je peux donc faire de même. J’aurais pu me dire ‘J’aurais pu, j’aurais dû, je le ferais’ toute la journée, mais je dois aller de l’avant, sinon j’ai le mauvais état d’esprit.


Son premier travail a consisté à se réunir avec ses ingénieurs afin de comparer sa télémétrie avec celle de son coéquipier et champion Ryan Hunter-Reay. Les chiffres ont mis en évidence une belle pointe de vitesse malheureusement gâchée par une attaque allant crescendo au fil du week-end qui a eu pour conséquence de martyriser ses pneus avants. Cette attaque est en réalité une surcompensation à sa frustration. Régulièrement mis sous l’éteignoir par Hunter-Reay mais aussi James Hinchcliffe, le pilote Américain n’en pouvait plus de se voir dominer dans l’équipe familiale. Alors il sur-pilotait pour aller chercher les dixièmes le séparant de ses coéquipiers. Un blocage de roue au freinage par ci, un angle trop prononcé sur le volant par là, et c’est ainsi qu’Andretti dégradait ses pneus et déséquilibrait sa monoplace. Le verdict de ses ingénieurs est sans appel ! “Là où Hunter-Reay nous remontait un problème de sous-virage, tu nous disais qu’elle sous-vire d’abord, puis qu’elle survire au milieu et en sortie de virage.” En réalité, deux tiers des problèmes ne venaient pas de la voiture, mais d’Andretti lui-même.

Une fois la première partie du problème comprise, le fils de Michael s’est décidé à changer son style de pilotage. Pour cela, il décida de traverser l’Atlantique et de trouver refuge en Angleterre, auprès de Rob Wilson. Wilson est un ancien pilote de monoplace qui était en chemin pour devenir un pilote d’IndyCar dans les années 90′. Champion de la Barber Saab en 1990, le Britannique se lance ensuite en Indy Lights avant de s’orienter vers le coaching. Parmi ses clients, notons la présence d’un certain Lewis Hamilton, Champion du Monde 2008 de Formule Un.

Voici ce qu’il a mis en évidence : “Lorsque je suis allé là-bas, il m’a dit que j’étais l’un des pilotes ayant le plus de talent naturel avec lequel il a travaillé, et il a travaillé avec Lewis, donc ça signifie beaucoup pour moi. Il m’a dit que j’utilisais trop mon talent naturel et que c’était pour cela que je terminais 21ème. Mais vous ne pouvez pas vous montrer fier. Vous apprenez sans cesse. Aujourd’hui nous nous battons pour des centièmes.


Wilson a également remarqué qu’Andretti n’utilisait pas l’ensemble de ses quatre pneus pour négocier les virages, se concentrant trop sur son train avant. Aujourd’hui, le pilote de la Dallara-Honda numéro #25 se repose davantage sur ses quatre pneus dans les phases de freinage et de passage en courbe et cela permet à ses pneus d’être plus constants et de durer plus longtemps.

En ce début d’année, le travail d’Andretti n’a pas mis longtemps à payer. 10ème le vendredi, 7ème en qualification et 3ème en course. Voilà l’évolution de ses performances tout au long du week-end de St. Petersburg, soit l’exact opposé de ses deux dernières saisons. Après la course, Marco et Michael ne cachaient pas leur satisfaction et le plus âgé des deux n’hésitant pas souligner que seul son fils pouvait se sortir de cette situation, lui ne pouvant rien faire.

Ca vous ronge, et il sait qu’il est le seul à pouvoir s’en sortir. Je pense que s’il s’en sort, il sera un pilote plus fort (ndlr : techniquement et mentalement).

Il a piloté superbement tout le week-end. Vous pouviez voir tout le travail qu’il a mis en pratique cet hiver. Il était dans le rythme tout le week-end, et a réalisé une très bonne course. Je suis très heureux pour lui, il le mérite, il a travaillé très dur. Et heureusement, c’est un signe annonciateur de belles choses.

A travers le “Cas Andretti”, il est vraiment intéressant de voir à quel point la compétition de haut niveau peut détruire la carrière d’un sportif alors qu’il apparaissait jusque là comme un champion en devenir. En IndyCar, le talent naturel ne suffit plus. Tout doit être optimisé : le pilotage, l’approche mentale, la voiture, et surtout, comme l’a démontré Andretti, il ne faut pas hésiter à mettre son égo de côté pour se remettre en question afin de débloquer une situation qui, si elle n’avait pas changé, aurait fait passer le fils de Michael pour un pilote quelconque alors qu’il est au fond de lui un pilote brillant.

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