Vergne, Pic, Rossi : l’IndyCar à nouveau attirante pour les pilotes de F1 (2/2)

Les propos n’engagent que son auteur et en aucun cas la rédaction.

Injustement lâchés par le monde de la Formule Un, Charles Pic et Alexander Rossi tout comme Jean-Eric Vergne, ont publiquement admis leur désir de venir grossir les rangs de l’IndyCar afin de prouver à leur ancienne discipline qu’elle a eu tort de les snober.

Il fût un temps dans les années 80 et 90 où les pilotes qui ne firent plus l’affaire en Formule Un malgré un talent certain venaient tenter leur chance outre-Atlantique dans la série IndyCar méconnue en Europe. Leur but était de continuer à se faire plaisir au volant de surpuissantes monoplaces et de prouver à tous qu’ils avaient eu tort de les écarter. C’est comme cela que l’IndyCar avec des noms tels Fittipaldi, Fabi, Johansson, Mansell, Gugelmin ou Blundell a gagné du terrain sur une F1 qui commençait à s’éloigner de ses fans.

Vingt ans plus tard, alors que la discipline “Reine” de la FIA semble avoir perdu son identité et ses supporters de la première heure, c’est à nouveau vers l’IndyCar que les pilotes rejetés par la Formule Un se tournent.

Mais comment cette discipline qui était retombée dans un quasi anonymat en Europe au milieu des années 2000 a pu rebondir au point d’attirer à nouveau des européens?

UNE F1 EN PERTE DE REPERES
Tout d’abord il faut bien avouer que le virage technologique pris par la Formule Un en a rebuté plus d’un. Sebastian Vettel en premier lieu, du haut de ses quatre titres de champion du monde se plaçait comme le plus fervent opposant à l’arrivée des V6 hybrides. Car si le retour du turbo pouvait raviver les doux souvenirs des années 80 où brutalité et spectacle rendait grâce à la discipline et à ses gladiateurs, il n’en fut rien !

La faute aux instances dirigeantes de la FIA qui ont poussé à l’introduction de moteurs hybrides complexes qui ont définitivement rapproché les F1 à des navette spatiales avec leurs équipements électroniques plutôt qu’à des voitures auxquelles les spectateurs et pilotes pouvaient s’identifier
La faute à un comportement pas aussi brutal qu’espéré et à un pilotage plus fade ne récompensant pas autant le travail des pilotes (Magnussen avouait que la Formule Renault 3.5 offrait plus de sensation qu’une F1 ! Comble de l’hérésie)
La faute à une sensation d’aseptisation générale bien aidée par une mélodie totalement absente en provenance des V6 hybrides
La faute à un pilotage qui a complètement changé lui aussi ! Fini le temps de l’attaque totale, de soubresauts du train avant et arrière, des réglages mécaniques dans la voiture à coup d’ajustement de différentiels, de richesse de mélange, de répartition du freinage… Aujourd’hui, une F1 moderne transmet à son pilote de doux retours dans le volant, ne saute plus sur la piste, se règle via une multitude de molettes qui agissent non plus sur des éléments mécaniques mais électroniques et électriques, rendant ce sport encore plus fade. Alors que la mécanique vibre et vit, l’électronique ronronne et dort. A méditer alors que nous parlons bien de sports mécaniques.
Enfin, la faute à la prolifération de circuits dénués de défis techniques alors que la F1 se vante d’être le pinacle du sport automobile.



UNE INDYCAR RESPECTUEUSE DE SES VALEURS
Dans ce contexte et à l’autre bout du monde, l’IndyCar a quant à elle géré de façon honorable en période de crise sa transition vers le XXIème siècle. A l’agonie suite à la scission, elle se reconstruit lentement mais sûrement mais surtout change sans oublier ses origines et sa culture.

Grâce à un choix de moteurs et de cylindrée en accord avec ses motoristes. Aussi à l’heure où l’écologie touche le plus grand nombre et où la réduction de la cylindrée des moteurs est obligatoire, elle s’est orientée vers des blocs V6 2,2L faisant le bonheur des constructeurs. Ce passage a bien entendu changé la mélodie des moteurs mais a permis de conserver un son rageur qui donne du caractère à la discipline et cela en dépit d’un régime limité à 11500 trs/min (bien plus bas que les moteurs de F1).
Grâce à des voitures qui ont gagné en sécurité ainsi qu’en efficacité aéro mais qui ont conservé leur caractère bien trempé forçant les pilotes à se battre à leur volant, ce qui les rend admirables et uniques aux yeux du public qui apprécie réellement le courage et le talent dont doivent faire preuve ces Hommes pour tirer la quintessence de leurs machines.
Grâce à des circuits qui permettent aux pilotes de mesurer leur technique, leur mental et leur physique. Les trois ingrédients qui ont fait de la course automobile, un sport si particulier et si fascinant pour les spectateurs depuis le début du XXème siècle.
Enfin et surtout grâce à une politique économique qui a permis de limiter les budgets de fonctionnement des écuries comme l’a toujours voulu l’IndyCar.

Au final, bien que la Formule Un et l’IndyCar ait une histoire similaire, leur ADN a évolué de façon différente. L’une s’est oubliée dans le strass et les paillettes, s’offrant aux plus riches en oubliant d’où elle venait ainsi que les acteurs qui l’ont façonné (écuries privées, pilotes), tandis que sa cousine a grandi de façon mesurée en respectant ses valeurs et ses acteurs. Voilà pourquoi aujourd’hui et vingt ans après, l’IndyCar a de nouveau la possibilité de refaire de l’ombre à sa cousine européenne.

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