Dans un championnat où chaque course ressemble à une étude de cas sur la gestion du risque, la tentation est grande de réduire la “sécurité” d’un pilote à une statistique simple : combien de fois il voit le drapeau à damier. Sportscasting a justement publié un classement des pilotes “les plus sujets aux non-arrivées” (DNF) en NASCAR Cup Series, et son miroir inversé : ceux qui terminent le plus souvent. Le résultat est parlant… à condition de comprendre ce que la donnée mesure, et surtout ce qu’elle ne mesure pas.
La méthode : un indicateur RAF/DNF, pas un détecteur de crash
Le calcul utilisé est basique : Sportscasting compare le nombre de courses RAF (Running At the Finish, “encore en course à l’arrivée”) au total des départs en Cup Series. Le pourcentage publié correspond donc aux courses non terminées divisé par les départs. L’auteur précise que la métrique n’est pas parfaite car elle ne distingue pas un abandon sur accident d’un abandon mécanique ou d’une casse moteur. Les chiffres ont été arrêtés après la finale 2025 à Phoenix.
Point important : Sportscasting exclut Michael McDowell de son tableau principal “récents”, en expliquant que ses saisons 2009-2013 dans des équipes très modestes “tirent” artificiellement ses stats et changent totalement sa position dans le classement.
Les 10 pilotes qui “ne terminent pas” le plus : une photo qui favorise mécaniquement les équipes modestes
Le top 10 des plus forts pourcentages de non-arrivées est dominé par des profils de fin de grille et/ou de programmes très fragmentés :
- J.J. Yeley : 29,3%
- Cody Ware : 26,1%
- Josh Berry : 23,8%
- Noah Gragson : 22,5%
- B.J. McLeod : 20,1%
- Justin Allgaier : 19,3%
- Harrison Burton : 18,3%
- Landon Cassill : 18,1%
- Josh Bilicki : 16,8%
- Ryan Preece : 15,7%
Que Yeley soit n°1 n’étonnera personne : plus tu passes ta carrière à te battre au milieu de la zone la plus dense (et souvent la plus désordonnée) du peloton, plus tu t’exposes aux accidents “des autres”, aux pertes d’adhérence en air sale, aux relances en 3-wide, et aux dommages qui finissent par t’envoyer derrière le mur. Ware est un autre cas classique : des saisons entières dans une structure à moyens limités multiplient les situations où tu dois survivre plutôt que “piloter à l’attaque”.
Le nom qui fait réagir, c’est Josh Berry. Sportscasting souligne qu’il a notamment terminé dernier lors des trois courses de l’ouverture des séries éliminatoires 2025, ce qui pèse sur sa statistique globale.
Mais là encore, le contexte compte : Berry a vécu un passage accéléré vers des programmes Cup à haute exposition, et il sort d’un profil “montée en charge” typique : rookie à temps plein en Cup en 2024 (avec la Stewart-Haas Racing), puis bascule chez Wood Brothers Racing.
Autrement dit, son taux de DNF reflète aussi une phase de carrière où tu apprends encore à “finir des dimanches” dans un format Next Gen qui punit très vite les erreurs de placement en paquet.
Les 10 pilotes qui terminent le plus : la discipline avant l’éclat
À l’autre extrémité, Sportscasting sort une liste de pilotes “safe” au sens statistique : ceux qui abandonnent le moins.
- Denny Hamlin : 8,5%
- Brad Keselowski : 8,8%
- Chris Buescher : 9,0%
- Joey Logano : 9,3%
- Todd Gilliland : 9,7%
- William Byron : 9,7%
- Chase Elliott : 9,8%
- A.J. Allmendinger : 9,8%
- Chase Briscoe : 10,6%
- Ty Dillon : 10,7%
Deux lectures techniques ressortent immédiatement.
- Hamlin : sa réputation n’est pas celle d’un pilote “sage”, mais sa gestion des scénarios est chirurgicale. Même quand la course se dégrade, il sait rester dans la fenêtre qui évite le “DNF inutile”.
- Keselowski : Sportscasting avance une idée très juste d’un point de vue paddock : quand tu es co-propriétaire de ton équipe (RFK), tu vis aussi avec la facture. Le réflexe de ramener une voiture complète n’est pas seulement sportif, il est structurel.
Le cas Joey Logano est intéressant : agressif, très dur en duel, mais rarement “hors course” tôt. Cela dit quelque chose de la NASCAR moderne : l’agressivité paye si elle est encadrée par une lecture froide des moments où tu peux perdre la saison sur un mauvais angle de pare-chocs.
Et Kyle Larson dans tout ça ?
Sportscasting insiste sur une absence : Kyle Larson n’apparaît ni dans les 10 “DNF” les plus élevés, ni dans les 10 plus faibles. En revanche, le site avance un chiffre qui place Larson dans une zone médiane, avec 14% de non-arrivées, ce qui le classerait autour de la 13ème position des plus “à risque” selon leur découpage.
Ce profil colle à ce qu’on voit en piste : quand Larson attaque, il attaque pour gagner, et il accepte plus volontiers qu’un autre l’idée que certaines courses se termineront au garage.
