Vainqueur des Daytona 500 2026, Tyler Reddick (Toyota n°45 de la 23XI Racing) est revenu, à chaud, sur un final confus, l’aide décisive de Riley Herbst, le poids d’une saison 2025 sans victoire et le soulagement personnel lié à l’évolution de la santé de son fils, Rookie. Extraits.
“Je passe la ligne premier, mais à Daytona tu n’es jamais sûr”
Question : Quand avez-vous réellement compris que vous étiez vainqueur des Daytona 500 ?
Tyler Reddick : Honnêtement, pas tout de suite. J’ai franchi la ligne en premier, mais je ne suis pas en train de chercher les panneaux lumineux ou les feux au-dessus des tribunes. À Daytona, on a déjà vu des arrivées où tu penses avoir gagné et, deux secondes plus tard, on te dit le contraire. Je n’ai eu la confirmation qu’au tour de décélération, quand quelqu’un a enfin dit clairement : “Oui, tu as gagné.”
Question : Vous parlez d’une émotion rare. Vous la comparez à quoi ?
Tyler Reddick : J’ai ressenti quelque chose d’aussi fort une seule fois, le jour où j’ai gagné la pole au Charlotte Motor Speedway Roval alors que Rookie était à l’hôpital. Là, c’était différent : c’était la famille, l’inquiétude, tout ce qu’on traversait. Mais gagner les Daytona 500… c’est la course que je regardais enfant en Californie avec ma famille. Je n’ai jamais manqué cette épreuve. J’ai grandi en rêvant simplement d’y participer. Et là, c’était ma 8ème tentative. La journée n’a pas été simple, mais au bon moment on a su être dans le match.
Le dernier restart : “J’ai senti le poids du moment”
Question : Vous évoquez le restart à moins de dix tours de l’arrivée comme un instant clé. Pourquoi ?
Tyler Reddick : Parce que tu sais exactement ce qui est en jeu. Quand la neutralisation tombe à huit ou neuf tours de la fin, tu réalises que tu vas avoir une opportunité que tu attends depuis toujours. Et tu te dis aussi que tu peux la gâcher. J’ai perdu le lead rapidement, la ligne du haut commençait à avancer, et je me suis dit : “Ça y est, c’est en train de m’échapper.” Puis ils se sont accrochés.
Question : De l’extérieur, le dernier tour semblait chaotique. Dans la voiture ?
Tyler Reddick : C’est paradoxal, mais depuis mon siège, tout a paru lent et fluide. Comme si chaque chose se mettait en place. J’ai eu l’impression que le dernier tour se déroulait au ralenti, et j’ai simplement suivi ce que je voulais faire.
Herbst, pièce maîtresse : “Je ne gagne pas sans lui”
Question : À quel point Riley Herbst a été important ?
Tyler Reddick : Essentiel. Je ne gagne pas cette course sans Riley, c’est un fait. Il m’a poussé au bon moment, il m’a permis d’arriver sur la voiture devant, puis j’ai pu déclencher mon mouvement. Et j’apprécie aussi qu’il ait tenté sa chance pour lui-même. Sur la dernière boucle, il a fait ce qu’il devait faire pour essayer de gagner les Daytona 500. Je lui ai dit : je suis désolé que ça ne se termine pas comme tu l’espérais, mais tu as fait les choses correctement.
Après 2025 : “On a eu des discussions difficiles, mais nécessaires”
Question : Vous sortez d’une saison 2025 sans victoire. Qu’est-ce que cela change mentalement ?
Tyler Reddick : Quand tu arrives en Cup, tu ne sais pas si tu gagneras un jour. Puis tu gagnes, tu enchaînes plusieurs saisons avec des victoires, et ça devient une attente. 2025 a été dur. Et ce qui se passait à la maison, avec Rookie, n’a évidemment rien simplifié. Tu te retrouves avec la pression sportive, plus la vie personnelle qui prend énormément de place.
Dans l’intersaison, on a eu des discussions franches. Difficiles. Mais indispensables. L’objectif, c’était d’arriver en 2026 sans traîner 2025 comme un poids. Recentrer, réinitialiser, repartir proprement. Et gagner la première course à points, même si ce n’était pas une journée parfaite, ça dit beaucoup du travail fait et de l’honnêteté qu’on a eue en interne, à la 23XI.
Michael Jordan : “Ce n’est pas la vraie vie”
Question : Qu’est-ce que ça représente d’offrir une victoire aux Daytona 500 à Michael Jordan ?
Tyler Reddick : C’est irréel. Quand j’étais enfant, mon rêve c’était d’être pilote de la NASCAR Cup Series et de gagner des courses. Je n’ai jamais imaginé que je conduirais pour Michael Jordan. Qu’il croirait en moi au point de me confier la n°45. Que Denny Hamlin ferait pareil. Et pouvoir répondre présent dans des moments comme ça, après une année compliquée, c’est exactement ce que tu veux rendre à des gens qui t’ont fait confiance.
Final “hors norme” : “Avoir le run, c’est un avantage”
Question : Cette arrivée ne ressemblait pas à un sprint classique en deux lignes. Comment l’avez-vous gérée ?
Tyler Reddick : C’était très atypique. Des groupes séparés, des voitures “sur une île”, des runs qui se construisent et reviennent. Mais la vérité, c’est que ceux que tu rattrapes ne savent pas plus que toi comment ça va se finir, parce qu’ils ne sont pas habitués non plus à ce scénario. Et c’est toujours mieux d’être celui qui a le run. À partir de là, j’ai fait confiance à l’instinct.
Ça m’a rappelé Talladega, il y a quelques années, quand j’étais chez RCR : une fin de course non orthodoxe, où tu dois suivre ton ressenti. Dans ces moments très chaotiques, j’ai souvent l’impression que tout ralentit, et ça me permet d’agir sans sur-analyser.
Rookie : “Il est là, il va bien… et il adore le chaos”
Question : Votre fils était à Daytona ?
Tyler Reddick : Oui, il est là, et il va très bien. Il est rentré à la maison autour du week-end de Martinsville l’an dernier et ça se passe bien depuis. On a même fait une petite croisière Disney avant d’arriver à Daytona, et il a franchi un cap : il s’est mis à ramper vite, vraiment vite. Depuis qu’on est ici, il est devenu un petit bolide dans le motorhome.
Question : Il était en Victory Lane ?
Tyler Reddick : Oui, Rookie et Beau y étaient. C’était énorme. Beau est assez grand pour se souvenir de ce moment, et Rookie découvre tout ça. Et ce qui est drôle, c’est que Rookie adore le bruit, les avions, l’agitation. Plus c’est intense, plus il rigole. Il est “câblé” comme ça.
La reconnaissance… et un “cadeau” pour Herbst
Question : Comment remercier Herbst ?
Tyler Reddick : Je lui offrirai ce qu’il veut. On va trouver. C’est quelqu’un de bien. On partage même une passion pour le café : on a fini par acheter ensemble une vraie machine pour éviter le café dans des gobelets. C’est dire si on se connaît déjà bien. Mais sur la piste, ce qu’il a fait est énorme.
“Gagner tôt peut changer l’année”
Question : Cette victoire peut-elle transformer votre saison ?
Tyler Reddick : Dans ma carrière, je commence souvent l’année en me mettant dans un trou, surtout entre Daytona et Atlanta. Là, gagner tout de suite, c’est un énorme positif, pas seulement pour le prestige, aussi pour la dynamique et la méthode. Ça doit nous motiver à travailler encore plus, pas à se relâcher.
“Il me fallait un Crown Jewel”
Question : Qu’est-ce que ça change pour votre statut ?
Tyler Reddick : Il me fallait une grande classique, oui. Je pensais que ça viendrait peut-être d’abord avec les 600 Miles de Charlotte, ou à Darlington avec la Southern 500. Mais gagner les Daytona 500, c’est à part. Ça change tout dans la perception, et dans ce que tu te prouves à toi-même.
