Constructeurs NASCAR : Chevrolet teste sa nouvelle carrosserie, Ford veut rebondir, Toyota vise le titre, Dodge prépare son retour

Daytona, premier laboratoire grandeur nature de 2026

À peine les America 250 Florida Duels terminés sur le Daytona International Speedway, les représentants des quatre constructeurs engagés en la NASCAR ont livré une lecture très révélatrice de leurs priorités pour 2026. Dans un exercice rarement aussi concret, chacun a commenté ce que les Duels ont déjà montré sur le comportement des voitures, mais aussi ce que l’on ne saura vraiment qu’avec les 41 voitures alignées au départ des 500 Miles de Daytona.

Chevrolet : un nouveau style de carrosserie, une voiture plus « conduisible », mais le paquet reste à valider

Côté General Motors, Dr. Eric Warren (vice-président Global Motorsports Competition) a surtout mis l’accent sur un point clé pour les ingénieures comme pour les pilotes : la “conduisibilité” de la nouvelle carrosserie Chevrolet, un thème central dès qu’un constructeur introduit une évolution de forme et de surfaces. Selon lui, les Duels ont montré une voiture capable d’être placée, tenue, et relancée dans le trafic, notamment quand Austin Dillon (n°3) a remonté le peloton.

En revanche, la capacité à pousser efficacement, à encaisser un contact de pare-chocs et à maintenir une poussée stable en tandem reste moins évidente. Warren a relevé que Ford a, de son côté, semblé plus à l’aise sur les séquences à deux voitures, un détail qui pèse lourd sur un superspeedway : une poussée bien alignée, sans décrocher l’air sur la voiture de tête, fait gagner des positions sans consommer la course.

La nuance est importante. Les Duels, avec un peloton réduit et des stratégies différentes, ne reproduisent pas parfaitement les dynamiques d’aspiration d’une course complète. Sur les 500 Miles de Daytona, la densité du trafic, l’inertie d’un train de voitures et les changements de lignes peuvent transformer une auto “docile” en duel en voiture plus instable lorsque le paquet se compacte. Warren l’a reconnu : l’enseignement décisif viendra quand tout le monde sera ensemble, avec des vitesses stabilisées et des lignes qui se forment sur 10 à 15 voitures.

Ford : 2025 assumée comme un échec, 2026 annoncée comme une relance

Chez Ford Performance, Pat DiMarco (program manager) n’a pas contourné le sujet : 2025 a été “ratée”. Dans le langage des constructeurs, cela signifie une chose très précise en la NASCAR moderne : ne pas gagner, ne pas peser au moment des courses décisives, et surtout ne pas placer de pilote dans le Final Four à Phoenix, là où se joue le titre.

Pour autant, Ford veut s’appuyer sur des signaux récents. La constance de Ryan Blaney est citée comme une base de performance “répétable”, même si le format des playoffs peut punir une saison solide à cause d’un incident, d’une course piégeuse ou d’une stratégie contrariée. Autre indicateur : les voitures de RFK Racing visibles à l’avant pendant les Duels, et la victoire de Ryan Preece lors du Clash, qui nourrit l’idée d’une meilleure cohérence globale en 2026. En clair, Ford ne cherche pas seulement une pointe de vitesse, mais une fenêtre de réglage plus large et plus stable sur l’ensemble des circuits.

Toyota : la stabilité comme méthode, l’objectif comme obsession

Toyota Racing Development, par la voix de Tyler Gibbs (président), a dressé le bilan d’une saison 2025 jugée très forte, avec un regret qui résume l’exigence du programme : une neutralisation tardive aurait coûté à Denny Hamlin une chance réelle de conquérir le titre. Le message est limpide : Toyota estime avoir été à un détail stratégique près d’un accomplissement majeur.

Le plan 2026 s’appuie sur la continuité. Même groupe de pilotes, peu de changements sur le banc des cheffes d’équipe, et une approche “itérative” : améliorer ce qui fonctionne, verrouiller les processus, et transformer une saison très bonne en saison championne. Dans un championnat où la moindre variation d’exécution sur un arrêt, un choix de voie en relance ou une séquence d’aspiration peut décider d’une course, la stabilité n’est pas une prudence, c’est une arme.

Stellantis : Ram arrive en Truck, Dodge vise la Cup à terme

La nouveauté la plus structurante à moyen terme vient de Stellantis. Kevin Kidd, directeur compétition Amérique du Nord, a confirmé l’état de préparation de Ram pour la NASCAR CRAFTSMAN Truck Series et a surtout entretenu, sans l’officialiser, le retour de Dodge en NASCAR Cup Series.

Le discours est intéressant car il souligne la différence d’échelle entre les deux programmes. L’entrée en Truck permet d’installer une présence sportive, un réseau, des méthodes, et un lien technique avec l’écosystème NASCAR. Mais la Cup, elle, exige une infrastructure d’une autre dimension : ressources humaines, outils de simulation, intégration aérodynamique, stratégie d’alliances avec des équipes, et capacité à soutenir un effort sur plusieurs saisons. Autrement dit, l’ambition est réelle, mais le calendrier dépendra de la construction du projet, et de la façon dont Stellantis choisira d’articuler image de marque et performance. Pour un rookie constructeur, l’erreur est rarement de manquer de volonté, mais de sous-estimer la profondeur du championnat.

Ce que Daytona annonce vraiment pour 2026

Entre une nouvelle identité Chevrolet à valider dans le paquet, une réaction attendue de Ford après une année blanche, une Toyota qui mise sur la continuité pour “gagner une place” jusqu’au titre, et un Dodge qui prépare son retour à travers Ram, le décor 2026 est posé. La photo de Daytona n’est jamais complète après les Duels, mais elle révèle déjà l’essentiel : en la NASCAR, les constructeurs ne parlent pas seulement de carrosseries ou de résultats. Ils parlent d’organisation, de répétabilité, et de la capacité à transformer un bon week-end en championnat gagné.