Une “Happy Hour” très sélective et des Toyota presque absentes
La dernière séance d’essais de la NASCAR Cup Series avant les Daytona 500 a pris une tournure inhabituelle : les Toyota étaient presque invisibles. Sur les 50 minutes de “Happy Hour” disputées en milieu de semaine, Jimmie Johnson a été le seul pilote au volant d’une Toyota Camry à réellement prendre la piste et à enregistrer un roulage significatif. Dans un contexte où le draft et la validation des réglages en trafic sont déterminants, cette discrétion interroge autant qu’elle révèle les stratégies de précaution adoptées par certaines structures.
Le chiffre résume bien l’ambiance : seulement 18 pilotes sur 41 ont inscrit un temps. À Daytona, ce n’est pas forcément un manque d’intérêt. C’est souvent un choix rationnel. Chaque tour en paquet est un tour à risque, et le moindre contact peut coûter une voiture, une séance de travail, voire un week-end. Cette approche “conservatrice” s’explique d’autant plus que plusieurs équipes ont déjà basculé sur des voitures de secours après des incidents en course qualificative.
Preece en tête, Logano au travail, Busch à l’arrêt
Dans ce décor, Ryan Preece a signé le meilleur chrono de la séance à 192,818 mph, au volant de la Ford, devant Chris Buescher à 192,785 mph. Le détail important, c’est que Buescher roulait avec une Ford n°17 de secours après avoir été pris dans un accident à plusieurs voitures lors du 1er Duel. Ce type de performance en “backup” est toujours à nuancer à Daytona, où l’aspiration d’un petit groupe peut propulser n’importe quelle auto en haut de la feuille des temps, mais cela confirme au minimum que la base aérodynamique reste saine et que la voiture est exploitable.
Autre indicateur : Joey Logano, 3ème sur la grille et vainqueur des Daytona 500 2015, a été l’un des plus actifs avec 32 tours, le total le plus élevé de la séance. À ce stade du week-end, accumuler des tours en paquet sert moins à chercher un dixième qu’à travailler les sensations de stabilité, la tenue dans la ligne, et la capacité à donner ou recevoir une poussée sans dégrader la trajectoire.
À l’inverse, Kyle Busch, en position de pointe, n’a pas participé. Là encore, rien d’illogique : avec une place déjà verrouillée et une voiture que l’on veut absolument préserver, la gestion du risque l’emporte souvent sur l’envie de “cocher” une séance de plus.
Byron rassuré : la voiture de secours “comme la principale”
L’information centrale, côté performance, concerne William Byron, double vainqueur sortant des Daytona 500 et l’un des pilotes les plus attendus de l’édition. Byron a lui aussi dû passer sur une voiture de secours, tout comme Ross Chastain, après des accrochages survenus en Duel. Or, c’est précisément dans ce basculement que beaucoup de week-ends se perdent : une voiture de secours n’est pas seulement une copie. C’est une auto réassemblée à marche forcée, avec des tolérances, des ajustements, et une pression maximale sur l’atelier.
Byron, lui, a tenu un discours très rassurant après la séance. Selon le pilote, la voiture de secours lui a donné exactement les mêmes sensations que la voiture principale. Il a insisté sur le travail réalisé en un temps record à l’atelier de la Hendrick Motorsports, mobilisée de nuit pour remettre une auto au niveau Daytona. Ce point pèse lourd : sur superspeedway, la confiance dans la réaction de la voiture quand l’air se salit, quand les lignes bougent, et quand la poussée arrive, est parfois plus importante que la vitesse pure.
Byron a également expliqué que l’équipe avait cherché à améliorer le comportement “sur les deux bouts” en courbe, autrement dit l’équilibre entrée et sortie de virage, afin de limiter le flottement quand la voiture est chargée d’air ou au contraire “déchargée” en aspiration. À Daytona, un arrière trop léger vous met en difficulté sur les relances et lors des changements de lignes, et un avant trop “planté” peut vous rendre vulnérable quand vous recevez une poussée.
Le précédent 2024 : gagner Daytona en backup, ce n’est pas une théorie
Le fait marquant, et il n’est pas anecdotique, c’est que Byron avait déjà remporté la première de ses deux victoires consécutives aux Daytona 500 (en 2024) avec une voiture de secours. Cela change la lecture de son passage en backup cette semaine : ce n’est pas un handicap automatique, c’est une situation déjà vécue et déjà convertie en trophée. À ce niveau, l’enjeu devient surtout organisationnel : reproduire le niveau de préparation, garantir la qualité d’assemblage, et préserver la voiture jusqu’au money time.
Une “Happy Hour” qui rappelle aussi le facteur rookie
Avec seulement 18 voitures en piste, l’essai a aussi souligné une réalité 2026 : le peloton mêle des pilotes ultra rodés aux superspeedways et des profils plus neufs. Dans ce contexte, la présence d’un rookie dans une ligne peut influencer la stabilité d’un groupe, non pas par manque de vitesse, mais par différence de lecture des micro-mouvements dans le draft. C’est précisément pour cela que certaines équipes ont préféré rester à l’abri : moins de tours, mais moins de chances de repartir avec une voiture à reconstruire.
Reste maintenant le vrai juge : les Daytona 500, dimanche. L’horaire annoncé pour le départ est 13h30 (heure de la côte Est), soit 19h30 à Paris. Et Byron, même en voiture de secours, arrive avec un message simple : la base est là, la sensation est bonne, et la Hendrick Motorsports a prouvé qu’elle savait transformer une nuit blanche en voiture gagnante.
