Brandon Jones a parfaitement choisi son moment. Dans une course longtemps dominée par d’autres, le pilote de la Toyota n°20 de la Joe Gibbs Racing a remporté les Cuervo 300 à Chicagoland Speedway après un final en NASCAR Overtime face à Chase Elliott. La marge finale, 0,171 seconde, raconte assez bien la tension des derniers tours. Jones n’a pas seulement gagné une course. Il a battu un champion Cup dans un duel direct, sur un ovale que la NASCAR redécouvrait après sept ans d’absence.
Cette victoire est sa première de la saison 2026 en NASCAR O’Reilly Auto Parts Series, la huitième de sa carrière et la première pour lui à Chicagoland. Elle arrive dans un contexte important. La saison régulière entre dans sa dernière ligne droite avant The Chase, et les pilotes installés autour de la zone de qualification savent que chaque point commence à peser lourd. Pour Jones, ce succès apporte plus qu’un trophée : il replace sa saison dans une dynamique beaucoup plus positive.
Une victoire construite dans le désordre
La course n’a pas été linéaire. La météo avait déjà perturbé le week-end, annulant les qualifications et plaçant Connor Zilisch en pole selon le règlement NASCAR. Le jeune pilote de la JR Motorsports a d’ailleurs parfaitement utilisé cette position au départ, en remportant le premier segment après avoir contrôlé la course avec autorité.
Mais Chicagoland a rapidement rappelé qu’un ovale d’un mile et demi ne se gagne pas uniquement sur la vitesse pure. Zilisch a connu plusieurs contretemps, dont un manque d’essence sous neutralisation, un contact avec le mur, une crevaison, puis un tête-à-queue. À chaque fois, il est revenu. Sa dixième place finale montre autant son potentiel que la part de frustration d’une soirée où il avait probablement la voiture pour viser mieux.
Chase Elliott, lui, a pris la main pendant une grande partie de la course. Engagé avec la Chevrolet n°88 de la JR Motorsports, le champion Cup 2020 a mené 78 tours et semblait en position idéale pour offrir à son équipe une victoire très visible. Sa présence dans cette course avait aussi une autre utilité : accumuler des tours sur Chicagoland avant les eero 400 de Cup. Il a fait plus que préparer dimanche. Il a joué la gagne.
Le restart qui change tout
La décision s’est faite lors de la relance finale. Elliott a choisi la ligne extérieure, mais il n’a pas reçu l’élan nécessaire pour verrouiller la tête. Jones, placé à l’intérieur, est resté côte à côte dans les deux premiers virages avant de prendre l’avantage dans le virage 3. À partir de là, il fallait encore résister. Elliott a tenté de construire un dernier run par le haut, mais Jones a protégé la trajectoire et gardé assez de vitesse pour franchir la ligne en tête.
Ce type de victoire a une valeur particulière. Jones n’a pas simplement profité d’un incident ou d’une stratégie chanceuse. Il a dû exécuter une relance parfaite, tenir sa ligne contre un pilote Cup de référence et gérer des pneus usés dans une fin de course sous pression. Sur un circuit où les trajectoires évoluent et où le trafic peut rapidement déséquilibrer une voiture, l’exercice était loin d’être simple.
La Joe Gibbs Racing fait une excellente opération
La Joe Gibbs Racing repart de Chicagoland avec plus qu’une victoire. Brent Crews termine quatrième, Taylor Gray septième après avoir mené 55 tours, et les deux pilotes renforcent leur position dans la course à The Chase. Gray se retrouve avec une marge confortable au-dessus de la ligne de coupure, tandis que Crews occupe la dernière place qualificative avec un matelas intéressant sur William Sawalich.
La situation de Sawalich s’est compliquée après son incident avec Crews au 165ème tour. Le contact l’a envoyé dans l’herbe et il a terminé 29ème. À quatre courses de la fin de la saison régulière, ce genre de soirée coûte cher. La JGR peut se satisfaire de la victoire de Jones et de la solidité de Gray et Crews, mais elle voit aussi l’un de ses jeunes pilotes se retrouver dans une position beaucoup plus inconfortable.
JR Motorsports, battue mais toujours impressionnante
La JR Motorsports a manqué la victoire, mais elle n’a pas raté sa course. Elliott termine deuxième, Justin Allgaier sixième après une pénalité sur la voie des stands, et Zilisch dixième malgré une accumulation de problèmes. L’équipe prolonge ainsi sa série de courses avec au moins une voiture dans le top 10, une régularité qui dit beaucoup de la profondeur de son programme.
Allgaier conserve une avance massive au championnat. Sa course a pourtant été loin d’être simple. Parti 17ème, revenu dans le haut du classement, puis renvoyé à l’arrière après une violation de sécurité dans les stands, il a encore limité les dégâts. C’est exactement ce qui fait la différence dans une saison régulière : quand une mauvaise soirée devient une sixième place, le championnat se construit presque tout seul.
Chicagoland réussit son retour
Pour la NASCAR O’Reilly Auto Parts Series, ce retour à Chicagoland a offert ce qu’il fallait : de la stratégie, des trajectoires, des jeunes pilotes visibles, un champion Cup en lutte pour la victoire et un final en overtime. La piste a rappelé pourquoi elle avait laissé de bons souvenirs avant sa disparition du calendrier. Elle n’a pas produit une course artificielle, mais une épreuve construite par l’évolution du grip, les relances, les erreurs et la gestion des longs runs.
Brandon Jones en sort avec une victoire importante. Chase Elliott repart avec des données précieuses pour la Cup. La Joe Gibbs Racing consolide ses ambitions. La JR Motorsports confirme sa régularité. Et Chicagoland prouve qu’elle a encore sa place dans le paysage NASCAR.
