23XI & Front Row contre la NASCAR : rappel du bras de fer
En 2024, 23XI Racing (co-détenue par Michael Jordan et Denny Hamlin) et Front Row Motorsports refusent de signer le nouvel accord de charter proposé par la NASCAR. En 2025, elles poursuivent l’instance en justice, l’accusant d’abus de position dominante et de modèle économique défavorable aux équipes.
Au cœur du dossier :
- la durée et les conditions des charters,
- le partage des revenus médias,
- le pouvoir unilatéral de la NASCAR sur certains changements de règles.
Le procès s’ouvre début décembre 2025 et met rapidement en lumière des éléments sensibles, dont des textos internes très critiques envers certains propriétaires, ce qui accélère la pression politique autour du dossier.
Un règlement qui consacre les charters “permanents”
Le 11 décembre 2025, les deux parties annoncent un accord. Les grandes lignes connues du règlement :
- charters “evergreen” : ils deviennent permanents, ne peuvent plus être retirés unilatéralement par la NASCAR,
- retour des six charters perdus pour 23XI et Front Row, plus compensation financière pour les revenus non perçus,
- partage des revenus renforcé :
- retour d’un système de “strike” qui permet aux équipes de bloquer certaines décisions coûteuses (élargi à cinq “strikes”),
- participation aux revenus issus des droits internationaux,
- 1/3 de tout nouvel accord impliquant l’utilisation de la propriété intellectuelle des équipes.
La NASCAR conserve la propriété de la série, mais les charters deviennent de facto des franchises : actifs cessibles, valorisables, protégés dans la durée.
Un séisme politique : les textos fuites et la démission de Phelps
La procédure a surtout révélé au grand jour des échanges privés de Steve Phelps, commissaire de la NASCAR, dans lesquels il traite Richard Childress de “stupid redneck” et laisse entendre qu’il faudrait le “traîner dehors et le fouetter”.
Ces messages, exposés lors du procès, déclenchent un tollé :
- réaction outrée de plusieurs propriétaires,
- lettre ouverte très dure du patron de Bass Pro Shops, Johnny Morris,
- critiques publiques sur le style de gouvernance de la NASCAR.
Sous pression, Phelps annonce sa démission début janvier 2026, avec effet avant le début de la saison.
Sportivement, la NASCAR sort du procès avec un accord solide. Politiquement, elle perd son premier commissaire au moment même où elle revendique une “nouvelle ère” dans sa relation avec les équipes.
Ce que cela change pour les équipes dès 2026
Avec des charters permanents, les équipes disposent enfin :
- d’un actif tangible à long terme,
- d’une meilleure capacité à emprunter et à attirer des investisseurs,
- d’une sécurité renforcée pour planifier sur dix ans.
Le revers de la médaille :
- les charters deviennent plus rares et plus chers,
- la barrière d’entrée pour de nouvelles équipes explose,
- la NASCAR prend 10 % sur chaque transaction (contre 2 % auparavant), ce qui incite à encadrer le marché secondaire.
En clair, la Cup Series bascule dans un vrai modèle de ligue fermée, avec 36 franchises installées et quelques fenêtres limitées en cas d’arrivée de nouveaux constructeurs.
Conséquences sportives indirectes
Même si le règlement porte d’abord sur l’économie, l’impact sportif est réel :
- stabilité du plateau : moins de va-et-vient d’équipes, plus de continuité dans les structures,
- investissements long terme : moyens supplémentaires pour les départements technique, les académies de pilotes, la data,
- pouvoir de négociation accru des équipes pour les prochains dossiers : format de points, structure des playoffs, calendrier.
On ne verra pas les effets sur la piste dès Daytona, mais à moyen terme, l’ère des franchises risque de remodeler la hiérarchie : les grosses équipes solidifient leur base, les structures intermédiaires deviennent des cibles pour de nouveaux investisseurs et les petites équipes doivent plus que jamais prouver leur valeur pour survivre dans un environnement plus verrouillé.
