Une blague d’intersaison devenue sujet de paddock
La NASCAR vit aussi de ses personnages, et Chase Briscoe n’a jamais eu peur d’alimenter la machine. Pendant l’intersaison, le pilote de Joe Gibbs Racing a publié sur les réseaux sociaux une image générée numériquement le montrant le crâne rasé, dans un style assumé “à la Joey Logano”. Le montage, produit avec des outils d’intelligence artificielle, a rapidement déclenché une vague de réactions : moqueries, débats, comparaisons et, surtout, une question simple que la communauté se pose toujours quand un pilote touche à son apparence : blague ou annonce ?
Pour Briscoe, c’était les deux. Le crâne rasé n’était pas réel, mais l’idée, elle, l’est totalement.
Un running gag… amplifié par la télévision
Le sujet n’est pas arrivé par hasard. Briscoe explique qu’il subit depuis longtemps un “bashing” récurrent sur sa chevelure, avec un moment de télévision devenu presque un piège hebdomadaire : la caméra qui s’attarde sur lui pendant l’hymne national, et les commentaires qui suivent. Dans une NASCAR où l’exposition est permanente, le moindre détail devient un mème, et Briscoe s’est retrouvé malgré lui avec une réputation de pilote “en manque de cheveux”.
Plutôt que de se braquer, il a choisi de retourner l’arme. Son image générée numériquement était une façon de reprendre le contrôle du récit : montrer qu’il a de l’autodérision, tester l’accueil du public, et transformer un sujet potentiellement embarrassant en élément de personnage. En termes de communication, c’est un mouvement simple mais efficace : si la blague vient de vous, elle vous appartient.
“Je trempe un orteil” : Briscoe prépare déjà la suite
Le plus intéressant dans sa sortie n’est pas l’image elle-même, mais ce qu’il dit ensuite. Briscoe reconnaît sans détour que la calvitie est un processus en cours depuis longtemps et qu’un passage au rasage complet est “inévitable”. Autrement dit, la photo n’était pas seulement une provocation : c’était aussi une répétition générale.
Il laisse même la porte ouverte au timing, avec deux options opposées mais typiques de la NASCAR moderne : soit un choix réfléchi pendant l’intersaison, soit un coup de théâtre en plein été, en arrivant un week-end avec tout coupé. Dans les deux cas, le message est identique : ce n’est pas “si”, c’est “quand”.
L’effet Daytona : visibilité maximale, détail qui compte
Que Briscoe aborde ce sujet précisément à l’approche des Daytona 500 n’est pas anodin. La semaine de Daytona, c’est l’instant où la NASCAR est la plus observée, où les pilotes multiplient les apparitions médiatiques, et où l’image personnelle prend presque autant de place que la performance. Dans un sport où la reconnaissance du public compte pour les partenaires et pour la dynamique d’un pilote, toute histoire “simple à raconter” devient précieuse.
Briscoe, lui, arrive avec un statut clair : pilote de Joe Gibbs Racing, engagé dans une équipe référence, et placé sur la grille à une position premium pour les Daytona 500, puisqu’il s’élancera à l’extérieur de la première ligne. Sur un superspeedway, cela ne garantit rien, mais cela assure une exposition immédiate : caméra au départ, caméra dans les premiers tours, et donc retour des commentaires sur… la fameuse chevelure. Le pilote le sait, et l’anticipe avec humour.
La réalité ne ressemblera pas au montage
Briscoe ajoute enfin un détail qui rend l’histoire plus drôle, mais aussi plus “vraie” : il explique que l’image générée numériquement le flattait. Dans le montage, le crâne rasé lui allait bien, avec une forme de tête “idéale”. Sauf que, selon lui, sa morphologie ne donnera pas ce résultat-là. Il prévient que le rendu réel sera très différent, et pousse l’autodérision jusqu’au bout en évoquant une peau très pâle, au point de “nécessiter des lunettes de soleil” quand il enlèvera sa casquette.
Cette remarque dit beaucoup sur la façon dont les pilotes utilisent aujourd’hui les outils numériques. L’intelligence artificielle sert à créer un moment viral, mais elle produit aussi une version “optimisée” de la réalité. Briscoe, en le reconnaissant, évite le piège : il n’essaie pas de vendre une transformation esthétique, il raconte une histoire, avec suffisamment d’humour pour que le public embarque.
Une histoire légère, mais un vrai marqueur de personnalité
Dans un week-end où l’on parle stratégie de draft, risques de poussée et survie dans le paquet, cette séquence offre une respiration. Elle n’a aucun impact sur l’aérodynamique de la Toyota n°19, mais elle renforce ce qui fait aussi gagner en NASCAR : l’adhésion du public. Briscoe s’inscrit dans une lignée de pilotes capables d’utiliser l’autodérision comme outil de connexion.
Le crâne rasé n’est pas encore là. Mais à en croire Briscoe, ce n’est plus qu’une question de temps. Et le jour où il le fera, personne ne pourra dire qu’il n’avait pas prévenu.
