Chase Elliott : « Daytona, c’est une loterie… »

Une course mythique… qui résiste aux champions

Chase Elliott arrive sur les Daytona 500 avec une conviction paradoxale : la course la plus prestigieuse de la NASCAR est aussi celle où le statut de champion pèse le moins. Vainqueur du 2ème Duel jeudi soir, le pilote de la Chevrolet n°9 de Hendrick Motorsports a livré vendredi un échange lucide sur la nature de l’épreuve et sur sa manière d’aborder un week-end où l’ambition individuelle se heurte à l’imprévisible.

Le constat est frappant. Sur les sept champions de la NASCAR Cup Series engagés ce week-end, seuls deux ont déjà remporté les Daytona 500 : Joey Logano (2015) et Jimmie Johnson (2006, 2013). Même l’exemple de Logano rappelle la singularité de Daytona : lorsqu’il s’impose en 2015, il n’est pas encore champion de la saison. La statistique renforce l’idée qu’à Daytona, la hiérarchie du talent et des palmarès se dissout dans la dynamique du peloton, les choix de lignes et les neutralisations.

Elliott : maximiser ce qui dépend de vous, accepter le reste

Elliott décrit les 500 Miles comme une “loterie” partielle, une formulation qui résume parfaitement les superspeedways modernes. Sur ce type de piste, l’aérodynamique du paquet dicte l’allure, et une décision prise dix rangs devant peut ruiner la course d’un pilote pourtant irréprochable. Selon lui, la clé n’est pas de croire qu’on peut tout contrôler, mais d’exécuter tout ce qui est maîtrisable, du plus grand au plus petit détail, pour “mettre les chiffres de son côté”.

Ce discours, loin d’être un refuge, est presque une méthode. À Daytona, il ne suffit pas d’avoir la voiture la plus rapide sur un tour. Il faut une auto stable dans l’aspiration, capable d’encaisser les variations de pression d’air en entrée de virage, de rester “attachée” au diffuseur de la voiture de tête, et de répondre sans surchauffe lorsque la course bascule en mode attaques permanentes. Dans ce contexte, la gestion des lignes, la capacité à s’associer au bon moment et l’anticipation des séquences à risque deviennent des compétences aussi déterminantes que la vitesse pure.

Elliott insiste aussi sur l’ambivalence sportive de ce caractère aléatoire. Daytona fabrique des récits que d’autres circuits ne permettent pas : des outsiders qui surgissent, des stratégies de fin de course improbables, des équipes qui s’offrent une fenêtre unique. Le revers, évidemment, c’est que même un programme d’élite peut repartir sans rien si l’alignement des facteurs tourne mal. C’est précisément ce qui nourrit la frustration d’Elliott : jusqu’ici, malgré des opportunités réelles, la course ne lui a pas “rendu” ce qu’il estime avoir mis dans son approche.

La grille 2026 : des champions partout, mais aucun avantage garanti

La configuration du départ illustre le mélange d’autorité et d’incertitude typique des Daytona 500. Kyle Busch, double champion, partira en pole position pour la première fois de sa carrière sur la grande classique, au volant de la Chevrolet n°8 de Richard Childress Racing. Un symbole : Busch en est déjà à sa 21ème participation aux 500 Miles et poursuit toujours cette victoire qui manque à sa collection.

Derrière, Elliott s’élancera en 2ème ligne avec la Chevrolet n°9 de Hendrick Motorsports, à côté de Joey Logano (Ford n°22 de la Team Penske), l’un des rares champions à avoir déjà gagné à Daytona. Ryan Blaney, champion 2023, partira 5ème sur la Ford n°12 de la Team Penske. Plus loin, Kyle Larson, double et champion en titre, s’élancera 8ème, tandis que Brad Keselowski (champion 2012) occupera la 9ème place, tous deux toujours en quête de leur premier trophée des 500 Miles.

Dans un peloton aussi dense en références, l’essentiel n’est pas de compter les titres, mais de comprendre comment ces pilotes vont se regrouper, quelles alliances de marques ou d’équipes se dessineront, et qui acceptera de “perdre” quelques positions à mi-course pour rester en vie quand la course se tendra. Les champions savent tous que la victoire à Daytona se joue souvent sur une poignée de décisions : quand quitter une ligne, à qui pousser, quand refuser une situation instable, et comment se positionner dans les vingt derniers tours sans se retrouver piégé.

Hendrick et Elliott : l’opportunité de la 11ème tentative

Pour Elliott, l’enjeu est double. Sportif, évidemment : inscrire enfin son nom au palmarès des Daytona 500, un objectif qui transforme une carrière déjà prestigieuse. Symbolique aussi : prouver qu’il peut dominer une course où les récits d’outsiders dominent souvent. Il abordera sa 11ème participation avec un argument qui résume l’ADN du pilote de superspeedway : tant qu’il franchit le tunnel de Daytona, il estime avoir une chance.

Le reste dépendra d’un mélange que les meilleurs connaissent trop bien : la vitesse de la voiture dans le paquet, la qualité des partenaires de ligne, la discipline dans les moments tendus, et ce fameux “alignement” des événements. Elliott l’a dit sans détour : on ne contrôle pas Daytona, on l’apprivoise. Et parfois, à force de revenir, la course finit par céder.