Vers la fin du moteur V8 en NASCAR ?

La question revient à chaque intersaison, mais l’hiver 2026 a changé le ton. Jusqu’ici, la NASCAR pouvait traiter le sujet “moteur” comme un marqueur identitaire intangible : un V8 atmosphérique, un son, un couple, une culture. Sauf qu’au moment où la série affiche sa volonté d’attirer un nouveau constructeur, le même diagnostic ressort désormais de manière quasi unanime dans les discussions industrielles : personne ne viendra investir des dizaines de millions pour développer un V8 qui n’existe plus dans les gammes actuelles.

Un constat assumé par Toyota : “la pertinence” dicte la direction

Lors de Race Industry Week, Tyler Gibbs (Toyota Racing Development) a posé le problème sans détour : si la NASCAR veut réellement accueillir un nouveau constructeur, il faudra ouvrir une porte technique. La raison est simple : un moteur de Cup actuel ne correspond à aucun produit de série moderne, donc il ne répond plus à la logique de “pertinence” qui guide les budgets marketing et compétition. Toyota indique que les constructeurs déjà engagés seraient prêts à discuter d’une évolution, précisément parce qu’ils comprennent la contrainte industrielle des nouveaux entrants.

C’est un virage culturel : les constructeurs en place ne défendent plus seulement “leur” architecture moteur, ils admettent que la survie d’un modèle à trois marques dépend peut-être d’un compromis technologique.

Pourquoi le V8 actuel est un verrou

Aujourd’hui, la NASCAR Cup Series repose toujours sur un V8 atmosphérique de 358 cubic inches (environ 5,86 litres). C’est un moteur spectaculaire, robuste, très maîtrisé par les motoristes, et dont l’identité sonore est un argument auprès du public.

Le souci, c’est que cette architecture ne “raconte” plus grand-chose du marché automobile actuel, dominé par la suralimentation, l’hybridation, et la rationalisation des familles moteurs. Pour un constructeur potentiel, entrer en NASCAR avec un moteur qui ne ressemble à rien de ce qu’il vend devient un dossier difficile à justifier en interne.

Honda met le doigt sur la ligne rouge : V6 biturbo, oui… V8, non

Le cas Honda illustre parfaitement le problème. Kelvin Fu (Honda Racing Corporation USA) a expliqué que Honda dispose de V6 biturbo très aboutis, mais que toute décision dépendra d’un triple alignement : retour sur investissement, pertinence produit, et cohérence avec ce que veulent les fans (bruit, spectacle, courses serrées). Fu rappelle aussi une réalité brute : Honda ne fabrique plus de V8 automobiles de route, hormis un V8 destiné au maritime, ce qui résume le décalage avec la Cup actuelle.

Traduction : si la NASCAR veut convaincre un constructeur comme Honda, elle doit proposer une plateforme où un V6 turbo (voire un système électrifié à terme) peut exister sans dénaturer le produit “NASCAR” aux yeux du public.

La NASCAR sait que c’est un “dealbreaker”

Le plus révélateur, c’est que la NASCAR le dit aussi. Elton Sawyer (direction compétition) a reconnu que, dans les conversations avec des constructeurs potentiels, le V8 est un point bloquant. Et l’échange public avec Dale Earnhardt Jr. a même précisé l’orientation probable : des moteurs turbocompressés font partie des pistes évoquées.

Mais Sawyer ajoute un point clé : changer de moteur ne se limite pas à dessiner un bloc. Cela change la manière dont la NASCAR contrôle l’équité technique. Depuis 75 ans, la série “police” des moteurs relativement simples à encadrer (cylindrée, admission, carburateurs puis injection). Passer à des architectures plus modernes signifie potentiellement entrer dans un monde d’outils de contrôle différents : capteurs de couple, contrôle de puissance à la roue, et même une logique d’équilibrage des performances plus proche de l’endurance.

Le vrai sujet : attirer un constructeur “rookie” sans perdre l’ADN Cup

Le dilemme est là : la NASCAR doit construire un pont entre deux publics.

  • Les fans veulent du bruit, de la proximité en piste, et une brutalité mécanique lisible.
  • Les constructeurs veulent une technologie défendable, reliée à une gamme, et exploitable en communication.

La série dispose déjà d’un argument : la voiture Next Gen, appréciée par des interlocuteurs industriels selon Sawyer, a modernisé l’image châssis/aéro.
Le moteur est désormais la dernière grande brique “hors époque”.

Et maintenant ?

Rien n’indique une date officielle ni un cahier des charges figé, mais le message de 2026 est plus clair que jamais : si la NASCAR veut vraiment un quatrième constructeur, elle devra accepter de faire évoluer son moteur. Probablement vers une architecture plus moderne, plus “vendable”, sans casser l’identité du show.

La question n’est donc plus “si” le V8 peut disparaître. La question est : quel compromis technique permettra d’accueillir un nouvel entrant, de protéger l’équité sportive, et de garder ce qui fait la NASCAR aux yeux du public.