Bell a laissé passer l’orage, puis a frappé quand la course s’est enfin ouverte
Les Tennessee Army National Guard 250 ont longtemps semblé devoir se jouer entre Christian Eckes et Corey Heim. Finalement, c’est Christopher Bell qui a ramassé la mise vendredi soir sur le Bristol Motor Speedway. Engagé dans le Toyota n°62 de la Halmar Friesen Racing, le pilote à temps plein de la NASCAR Cup Series a pris la tête au 188ème des 250 tours, puis a résisté au retour de Chandler Smith pour aller chercher sa première victoire en NASCAR Craftsman Truck Series depuis 2017, la 8ème de sa carrière dans la discipline, et sa première sur le demi-mile du Tennessee.
Bell n’a pas contrôlé la soirée de bout en bout. Christian Eckes a mené 132 tours, soit le meilleur total de la course, et semblait tenir le centre du jeu sur une piste où la position pèse toujours lourd. Ben Rhodes, lui, a profité d’une neutralisation au 122ème tour pour rester en piste et aller chercher le gain du 2ème segment. Dans cette course déjà mouvementée, Bell a surtout eu l’intelligence de rester dans la bonne fenêtre jusqu’au moment où la hiérarchie s’est fissurée.
C’est précisément ce qui donne de la valeur à sa victoire. Lorsque Bell prend l’avantage sur Eckes au 188ème tour, la course bascule enfin. Une relance au 224ème tour redonne à Chandler Smith une dernière chance. Le pilote de la Front Row Motorsports remonte au 2ème rang et part en chasse, mais Bell reste propre jusqu’au drapeau à damier et s’impose avec 0,330 seconde d’avance. À Bristol, où la moindre erreur de relance ou de trafic se paie immédiatement, cette marge reste courte mais nette.
Une victoire importante aussi pour la Halmar Friesen Racing
Il faut aussi replacer le succès dans le contexte de l’équipe. Bell avait déjà couru pour Stewart Friesen l’an dernier à Watkins Glen, en remplacement après la blessure du pilote canadien. Cette fois, il revient comme coéquipier de Friesen et fait encore mieux avec une victoire. Dans ses déclarations d’après-course, Bell a d’ailleurs insisté sur le fait que ce succès comptait beaucoup pour le groupe, justement parce que la structure avait travaillé dur pour retourner en Victory Lane. Ce détail n’est pas anodin. Pour une équipe de ce calibre en Truck Series, ce type de soirée pèse souvent encore davantage qu’un simple résultat de prestige signé par un pilote venu de la Cup.
Corey Heim a tout perdu d’un coup, et pas seulement une course
Le grand perdant de la soirée s’appelle évidemment Corey Heim. Et la violence sportive du moment est réelle. Après ses victoires à Darlington puis Rockingham, le pilote de la TRICON Garage arrivait à Bristol avec la possibilité rarissime de réussir le grand chelem du Triple Truck Challenge. En cas de 3ème victoire consécutive, il pouvait porter son bonus total à 500 000 dollars. Au moment de son accident, 350 000 dollars supplémentaires étaient encore en jeu.
La bascule intervient au 180ème tour. Heim venait tout juste de prendre la tête à Christian Eckes, pour ce qui restera son seul tour mené de la soirée, lorsqu’un contact entre le pare-chocs avant d’Eckes et l’arrière droit du Toyota n°1 l’envoie dans le mur extérieur à l’entrée du virage 1. L’accident devient immédiatement collectif. Le poleman Kaden Honeycutt, lui aussi pilote de la TRICON Garage, percute violemment le truck de Heim, et Layne Riggs s’accroche ensuite dans la réaction en chaîne. Le drapeau rouge tombe, la soirée de Heim et celle de Honeycutt s’arrêtent là.
Le plus intéressant, dans les propos de Heim après la course, est qu’il refuse de charger Eckes. Sa lecture est beaucoup plus froide. Il évoque une séquence confuse, un souci de transmission qui coinçait dans les rapports, un mouvement d’air qui a libéré le truck d’Eckes, puis une tentative de réponse mal jugée. Il reconnaît même qu’un contact pour le remettre derrière lui aurait pu s’entendre dans une bagarre aussi importante pour la tête. Cette réaction est révélatrice du pilote qu’il est devenu. Frustré, évidemment, mais encore capable de lire l’incident avec un vrai recul.
Eckes avait la vitesse, mais pas la soirée parfaite
Pour Christian Eckes, le résultat final est presque aussi cruel dans un autre registre. Il avait la meilleure copie statistique du soir avec 132 tours menés et la victoire dans le 1er segment, mais il termine finalement 5ème. En soi, cette place n’est pas honteuse. Mais quand on a contrôlé aussi longtemps une course de Bristol, repartir hors du top 3 laisse forcément une sensation mitigée. Le problème pour Eckes est double. Il ne gagne pas, et il reste forcément au centre de l’action qui a supprimé Heim de la bataille et mis fin au gros récit de la soirée.
Derrière Bell et Smith, Giovanni Ruggiero prend une belle 3ème place devant Ross Chastain, puis Eckes. Jake Garcia, Dawson Sutton, Kyle Busch, Carson Hocevar et le rookie Brenden Queen complètent le top 10.
Une course typique de Bristol, usée par les neutralisations et décidée dans le trafic
Les chiffres finaux confirment le profil de la soirée. La course a été neutralisée à neuf reprises pour 76 tours sous jaune. Sur un demi-mile comme Bristol, cela casse forcément le rythme, redistribue la position de piste et remet constamment la relance au centre du jeu. Les Tennessee Army National Guard 250 ont donc davantage ressemblé à une course d’opportunité maîtrisée qu’à une démonstration linéaire.
C’est aussi pour cela que la victoire de Bell prend du relief. Il n’a pas eu la voiture la plus visible sur l’ensemble de l’épreuve. En revanche, il a eu la voiture présente au moment décisif. Et à Bristol, cette différence suffit souvent à faire la frontière entre un podium solide et une victoire.
