Le Kansas lui échappe encore
Le Kansas Speedway continue de tendre les bras à Denny Hamlin sans lui offrir la coupe. Pour la deuxième course consécutive sur l’ovale du Kansas, le pilote de la Joe Gibbs Racing s’est retrouvé au cœur d’un overtime face à l’une des Toyota de la 23XI Racing, l’équipe qu’il co-détient. Et pour la deuxième fois, la victoire lui a glissé entre les doigts. Le plus cruel, c’est que la n°11 avait encore la meilleure fiche de la journée, avec 131 tours menés, une Stage 1 remportée et un total de 290 tours en tête sur les deux dernières courses de Cup disputées à Kansas.
Cette 4ème place a donc le goût d’une occasion manquée plus que celui d’un simple bon résultat. Hamlin lui-même a reconnu après l’arrivée avoir rejoué un scénario qu’il connaissait déjà, en laissant Kyle Larson utiliser la ligne intérieure sur la relance décisive. Son équipe, par la voix de Chris Gayle, a aussi admis qu’en overtime, les statistiques de relance comptent parfois moins que la lecture des intentions de l’adversaire.
Une course jouée sur l’usure des pneus
L’AdventHealth 400 s’est longtemps disputée dans une logique très classique de Kansas, avec de longs relais sous drapeau vert, beaucoup de gestion de la dégradation et une hiérarchie qui dépendait autant de l’équilibre sur la durée que de la vitesse pure. Hamlin a frappé le premier en menant 75 des 80 tours du Stage 1, pendant que Larson remportait le Stage 2 après avoir pris le dessus au redémarrage. Tyler Reddick, parti en pole, est lui resté dans le match toute l’après-midi malgré un léger contact avec le mur et une colonne de direction annoncée un peu décalée après le milieu de course.
Le tournant stratégique de la fin d’épreuve est venu de la n°11. Chris Gayle a rappelé Hamlin à son stand au tour 216, soit cinq tours avant Reddick et Christopher Bell, afin de gagner la position en piste sur la séquence d’arrêts. Ce choix a maintenu Hamlin dans la bagarre alors que la course semblait se refermer sur un duel Reddick-Bell. Dans une Cup où la NASCAR laisse souvent les courses sur 1,5 mile se décider à l’usure et à l’exploitation du trafic, cette anticipation a replacé la Joe Gibbs Racing au centre du combat pour la victoire.
Le 266ème tour qui a tout renversé
À dix tours du but, Reddick avait repris le commandement et semblait filer vers un succès maîtrisé. Puis sa Toyota n°45 a commencé à brouter dans les derniers instants. Le pilote de la 23XI Racing a dû basculer sur la pompe 2 pour tenter de sauver l’alimentation, ce qui a permis à Hamlin de revenir puis de reprendre la tête avec deux tours encore à couvrir. À cet instant, la victoire semblait enfin tourner du bon côté pour la n°11.
C’est alors que Cody Ware, dernier et à six tours des leaders, est parti en tête-à-queue juste devant le groupe de tête au tour 266. D’après la Rick Ware Racing, l’incident a été provoqué par une crevaison arrière droite. La NASCAR n’avait pas d’autre choix que de neutraliser, alors même que la course s’était déroulée presque intégralement sans incident majeur. Pour Hamlin, c’est évidemment le moment de bascule, celui qu’il a le plus mal digéré après l’arrivée.
La relance a retourné la hiérarchie
L’overtime a ensuite concentré tout ce que Kansas produit de plus brutal sur deux tours. Les 16 voitures dans le tour des leaders sont passées par la voie des stands. Hamlin, Reddick, Larson, Bell, Bubba Wallace et plusieurs autres ont choisi deux pneus droits seulement pour conserver la position, tandis que Chase Briscoe a misé sur quatre pneus neufs. Hamlin est ressorti devant, mais son choix de la ligne intérieure l’a exposé immédiatement à Larson, placé derrière lui sur la deuxième ligne.
Au drapeau vert, Larson s’est décalé vers l’intérieur et a pris l’avantage, laissant Hamlin coincé au milieu. Reddick a suivi le mouvement, puis tout s’est enchaîné très vite. Bell a touché le mur extérieur en sortie du virage 2 après un contact dans la mêlée, avant de redescendre vers Hamlin. Cela a désorganisé l’entrée du pilote de la Joe Gibbs Racing dans le virage 3. Derrière, Briscoe, chaussé de quatre pneus frais, est remonté très fort. Devant, Larson croyait avoir fait le plus dur, mais sa Chevrolet n°5 s’est resserrée dans les derniers virages et Reddick a pu revenir avec une meilleure rotation dans la ligne haute avant de plonger à l’intérieur pour s’imposer avec 0″118 d’avance. Hamlin, lui, n’a sauvé que la 4ème place.
Une déception pour Hamlin, un signal fort pour le championnat
Sportivement, la journée raconte deux histoires différentes. Pour Hamlin, c’est encore une démonstration de vitesse inachevée, frustrante parce qu’elle confirme que la n°11 sait gagner sur les intermédiaires sans parvenir à conclure à Kansas. Pour Reddick, c’est au contraire le signe d’une saison qui prend une dimension historique. Le pilote de la 23XI Racing en est désormais à cinq victoires en neuf manches, une performance qu’aucun pilote n’avait réalisée dans la discipline depuis Dale Earnhardt en 1987. Après Kansas, il mène le championnat avec 457 points, contre 352 à Hamlin et 337 à Ryan Blaney.
Il faut aussi noter que Bell, pourtant bien placé dans le final, a payé très cher le chaos de la relance avec une 20ème place, alors que Briscoe a transformé son pari à quatre pneus en podium. Pour la Joe Gibbs Racing, le bilan du jour reste donc contrasté. En revanche, le camp Toyota continue d’imposer son rythme sur les pistes intermédiaires, et Chris Gayle a rappelé qu’il reste encore sept autres rendez-vous de 1,5 mile au calendrier. Autrement dit, la déception est immense pour Hamlin, mais le fond de performance n’a rien d’inquiétant avant la suite de la saison.
