Daytona 500 2026 : Elliott et Keselowski frôlent l’histoire

La ligne blanche comme mirage pour deux champions

Ils ont vu le drapeau blanc. Ils étaient dans la bonne fenêtre, au bon moment, dans la bonne partie du peloton. Et pourtant, au terme de la 68ème édition des Daytona 500 disputée le 16 février 2026, Chase Elliott et Brad Keselowski ont vécu l’un de ces scénarios typiques des superspeedways : une opportunité historique qui s’évapore en une fraction de seconde, remplacée par une course vers l’Infield Care Center au lieu de Victory Lane.

Les deux anciens champions de la NASCAR Cup Series pouvaient enfin ajouter “vainqueur des 500 Miles de Daytona” à un palmarès déjà massif. Elliott, champion 2020, en était à sa 11ème tentative et traînait toujours ce manque au tableau, malgré des Speedweeks souvent solides. Keselowski, champion 2012, poursuivait le même graal, avec une statistique presque cruelle : 17 départs dans les Daytona 500, et la classique qui lui résiste encore.

Le résultat brut dit “top 5” pour les deux, 4ème pour Elliott, 5ème pour Keselowski. Le contexte, lui, dit tout autre chose : ils étaient en train de jouer la gagne quand la dernière relance s’est transformée en carambolage.

Elliott : gestion froide, exécution propre, puis le piège du dernier sprint

La course d’Elliott illustre une méthode devenue presque obligatoire à Daytona avec la Next Gen : survivre, rester dans le bon pack, économiser le matériel, puis se mettre en position quand la course se durcit. La Chevrolet n°9 de la Hendrick Motorsports a avancé sans précipitation, évitant plusieurs accidents majeurs dans la seconde moitié de l’épreuve. Elliott a même mené un tour à cinq tours de l’arrivée, signe que l’équipe avait la vitesse et la capacité à remonter ses lignes.

Puis vient le dernier tour, et la mécanique classique du superspeedway : l’air devient une arme. Les voitures se décalent, cherchent la meilleure aspiration, et chaque mouvement latéral a un coût. À environ 100 yards du drapeau à damier, un contact léger mais suffisant intervient : la Toyota n°35 de la 23XI Racing, pilotée par le rookie Riley Herbst, effleure Elliott. À Daytona, “à peine toucher” peut suffire à casser l’alignement du pare-chocs et à déclencher une réaction en chaîne. Elliott est envoyé en tête-à-queue, traverse la ligne dans le tumulte, et doit se contenter d’une 4ème place.

L’analyse d’Elliott après course est révélatrice. Il évoque le dilemme permanent de la fin de course : défendre avec agressivité ou accepter de laisser un espace en espérant un dernier run. Il admet qu’un double bloc sur la Toyota n°45 de Tyler Reddick (le vainqueur) aurait probablement fini en accident immédiat. Autrement dit, il a choisi ses batailles, et la course l’a puni quand même. C’est tout le paradoxe de Daytona : même une décision “raisonnable” peut produire le mauvais résultat.

Keselowski : une frustration brute, et une colère contre le blocage “trop tard”

Pour Keselowski, la journée a un deuxième niveau de lecture, médical et humain. Le pilote de la RFK Racing arrivait en Floride en convalescence après une fracture à la jambe survenue lors d’un incident en station de ski pendant l’intersaison. Il a passé le week-end avec une canne hors de la voiture, mais explique n’avoir presque rien senti une fois sanglé. Et dans une ironie totale, le crash final l’a même “rassuré” sur la solidité de sa jambe, preuve que l’effort en cockpit avait été plus inquiétant sur le papier que dans la réalité.

Sportivement, Keselowski n’a pas mené de tour, mais il s’était parfaitement positionné au moment où cela compte vraiment : la dernière relance. Sa réaction après course vise directement Herbst. Il décrit une situation de run massif, avec une vitesse supérieure qui arrive, et un blocage jugé inutile car trop tardif et trop large, sur plusieurs lignes. Dans son vocabulaire, c’est le pire péché de Daytona : un blocage sans chance de réussite, qui casse le paquet et détruit des voitures de pointe.

Keselowski liste d’ailleurs les victimes collatérales : Elliott, mais aussi la Ford n°22 de la Team Penske de Joey Logano, embarquée dans le désordre final. Pour lui, c’est une fin “stupide”, parce qu’elle retire la possibilité de “voir” ce qui aurait été possible face à Reddick et à Ricky Stenhouse Jr., classé 2ème sur la Chevrolet n°47.

Pourquoi ça a cassé : la physique du run, le timing du blocage, et la largeur du mouvement

Sur superspeedway, tout se joue sur le timing. Une voiture qui bloque tôt, avec un mouvement progressif et un pare-chocs bien dans l’axe, peut fermer une ligne sans déclencher d’instabilité majeure. Mais un blocage tardif, quand la voiture de derrière arrive déjà avec un différentiel de vitesse important, crée un contact oblique. À 310 km/h, ce n’est plus un “choc”, c’est une rotation instantanée.

Le point que souligne Keselowski sur le blocage “trois lignes” est également crucial : plus le mouvement est large, plus le pilote doit traverser des zones d’air différentes, et plus la voiture devient légère, surtout à l’arrière. Ajoutez un run qui pousse depuis l’arrière, et vous obtenez une recette parfaite pour un tête-à-queue. À Daytona, ce genre de séquence ne “fait pas perdre deux places”, elle détruit un peloton.

Deux top 5 qui ressemblent à des défaites

Elliott et Keselowski ressortent physiquement indemnes, mais mentalement marqués, parce que Daytona ne se compte pas en points. Les Daytona 500 sont une ligne à part dans une carrière, une course qui transforme un CV. Elliott repart avec son meilleur résultat dans l’épreuve depuis sa 2ème place en 2021. Keselowski signe son troisième top 5 en 17 départs, son premier depuis 2014, après avoir été impliqué dans des accidents dans six des dix dernières éditions.

Le bilan, pourtant, ne console pas. Elliott avait “la tête” de la course et la patience. Keselowski avait le run au mauvais moment. Dans le chaos final, la NASCAR a rappelé sa loi sur superspeedway : être bon ne suffit pas. Il faut aussi que, sur une seconde, le peloton vous laisse vivre.