Ned Jarrett, double champion et voix majeure de la NASCAR, est décédé

Ned Jarrett, double champion de la NASCAR Cup Series et figure centrale de la première grande génération du stock-car américain, est décédé le jeudi 4 juin 2026 à son domicile de Newton, en Caroline du Nord. Il avait 93 ans. Son héritage dépasse largement ses 50 victoires et ses titres de 1961 et 1965 : Jarrett a aussi accompagné la croissance médiatique de la NASCAR comme analyste, notamment sur CBS, ESPN et MRN.

Un champion construit sur la constance

Surnommé « Gentleman Ned », Ned Jarrett occupait une place à part dans l’histoire de la NASCAR. Sa famille a annoncé qu’il était mort de causes naturelles, entouré des siens, mettant fin à la vie de celui qui était alors le plus ancien champion encore en vie de la discipline. La NASCAR perd ainsi l’un de ses derniers grands liens directs avec l’époque fondatrice, celle des calendriers étirés, des petites structures, des pistes courtes et d’une discipline encore en construction nationale.

Jarrett a remporté deux titres dans ce qui est aujourd’hui la NASCAR Cup Series, en 1961 puis en 1965. Le premier sacre, acquis avec W.G. Holloway Jr., résume déjà sa principale force sportive : une capacité rare à accumuler les arrivées solides dans une époque où la fiabilité et l’endurance comptaient autant que la vitesse pure. Selon le NASCAR Hall of Fame, il n’avait gagné qu’une course cette saison-là, mais avait signé 34 top 10 en 46 départs.

Son deuxième titre, en 1965 avec Bondy Long, relève d’un autre registre. Cette saison-là, Jarrett s’impose 13 fois, termine 42 fois dans le top 5 en 54 courses et poursuit sa campagne malgré une blessure au dos subie sur le Greenville-Pickens Speedway. La même année, il remporte les Southern 500 sur le Darlington Raceway avec 14 tours d’avance, un écart qui reste une référence historique dans la discipline.

Un palmarès court, mais massif

La carrière de Jarrett en NASCAR Cup Series s’étend de 1953 à 1966. Le NASCAR Hall of Fame retient 50 victoires et 35 poles à son palmarès en série reine, auxquels s’ajoutent deux titres en Sportsman Division, en 1957 et 1958, ancêtre de l’actuelle NASCAR O’Reilly Auto Parts Series. Cette trajectoire est d’autant plus marquante qu’elle s’est arrêtée tôt : Jarrett quitte le volant à 34 ans, dans le contexte du retrait temporaire de Ford de la compétition stock-car.

La force de Jarrett ne se mesure pas seulement à ses statistiques. Il appartenait à une génération où les pilotes devaient comprendre la mécanique, gérer les finances, courir plusieurs fois par semaine et bâtir leur réputation sans l’appui des structures modernes. Sa réussite repose sur une lecture fine de la course, une régularité exceptionnelle et une discipline de gestion qui lui permettait de survivre aux calendriers les plus exigeants de la NASCAR des années 1950 et 1960.

Une deuxième carrière aussi importante que la première

Après sa retraite sportive, Jarrett n’a pas quitté la NASCAR. Il a dirigé le Hickory Speedway de 1968 à 1977, puis est devenu l’une des voix les plus reconnues de la discipline. Sa transition vers les médias a accompagné la montée en puissance télévisuelle de la NASCAR, d’abord via MRN, puis à la télévision avec CBS et ESPN.

Son moment le plus célèbre au micro reste l’arrivée des Daytona 500 1993. Depuis la cabine CBS, Ned Jarrett commente la victoire de son fils Dale Jarrett face à Dale Earnhardt. L’instant est resté dans la mémoire collective parce qu’il mêlait l’analyse, l’émotion familiale et l’un des duels les plus symboliques de l’époque. Dale Jarrett deviendra ensuite champion de la NASCAR Cup Series en 1999, prolongeant l’héritage sportif familial.

Une place durable dans l’histoire de la NASCAR

Ned Jarrett a été nommé parmi les 50 plus grands pilotes de la NASCAR en 1998, puis intronisé au NASCAR Hall of Fame en 2011. Sa disparition rappelle l’ampleur de son rôle : champion, ambassadeur, promoteur, analyste et témoin privilégié du passage de la NASCAR d’un championnat régional à un produit sportif national.

Pour la NASCAR, Jarrett n’était pas seulement un ancien vainqueur. Il représentait une idée de la compétition où la dureté sportive pouvait coexister avec une image de respect et de mesure. C’est cette combinaison, plus encore que les chiffres, qui explique pourquoi son nom reste associé à l’une des périodes les plus formatrices du stock-car américain.