Coup d’œil dans le rétro sur les rookies (1/2)

En observant la situation des rookies à mi-saison du championnat IndyCar, une chose nous saute immédiatement aux yeux. Où sont-ils classés ?

Le premier rookie du classement général de l’IndyCar est le pilote de la frêle écurie Dale Coyne. Alex Lloyd pointe au 17ème rang. Il devance Mario Romancini 19ème, Simona de Silvestro 20ème, Takuma Sato 22ème et Bertrand Baguette 25ème. Les résultats lors des diverses séances d’essais libres et de qualifications démontrent qu’ils ont le potentiel pour bien figurer, tout comme leur passé dans les formules de promotion.

  • Lloyd est champion Indy Lights 2007
  • Romancini a terminé 6ème de l’Indy Lights en 2009
  • de Silvestro a mené une brillante campagne 2009 en Formule Atlantic pour finalement se classer 3ème
  • Sato n’est plus à présenter et malgré sa fougue légendaire, a réussi à accrocher un podium au Grand Prix des USA en 2004 pour BAR puis a vaillamment mené la destinée de l’écurie Super Aguri Formule 1 en 2007 puis 2008
  • Baguette quant à lui n’est pas en reste puisqu’il n’est ni plus ni moins que le champion en titre des World Series by Renault et était en lice pour un baquet en Formule Un cette année

Pourtant à aucun moment (hormis la 4ème place de Lloyd à Indy et son top-10 au Texas) ils n’ont su concrétiser en course. Alors quel est ce mal mystérieux qui frappe ces pilotes ? Eprouvent-ils plus de difficultés que leurs prédécesseurs ou sont-ils du même acabit ? Avant de nous pencher sur les différentes hypothèses, attardons nous sur les rookies de ces 10 dernières années.


© IndyCar Series

Il fut un temps où les débutants en IndyCar/CART étaient capables de coups d’éclat lors d’une saison. Passons sur les Fittipaldi et Mansell, véritables extra-terrestres se plaçant dans une catégorie à part, celles des pilotes d’exception et surtout ancien champions du Monde de Formule Un. Si l’on remonte aux dix dernières années on s’aperçoit que bons nombre de promotions ont vu passer de grands pilotes, immédiatement performants. Mais depuis trois ans, on assiste à une baisse du niveau général des rookies.


© Mark Windecker

Les majors de promo :
Parmi les pilotes ayant ébloui les observateurs dès leurs débuts, on peut citer Kenny Bräck qui en 2000 s’est imposé comme la révélation du championnat CART avec sa quatrième position au championnat. Scott Dixon en a fait de même l’année suivante en éclipsant son célèbre coéquipier Mauricio Gugelmin et en faisant oublier Mark Blundell au sein de PacWest Racing. Sébastien Bourdais fait lui aussi partie de cette liste en ayant su s’adapter rapidement aux monoplaces du CART. Néanmoins, ses performances tout aussi impressionnantes soient-elles, n’avaient pas la même saveur que celles de ses prédécesseurs. En effet, le CART n’était plus que l’ombre de lui-même avec des écuries aux moyens limités et les grands pilotes partis vers le concurrent, l’IRL. D’IRL justement il en est question avec la troisième génération de pilotes issus d’une famille légendaire. Marco Andretti pour sa première année crève l’écran en manquant de remporter l’Indy 500 pour sa première participation et en devenant le plus jeune vainqueur d’une course d’IndyCar sur l’Infineon Raceway.


© Mark Windecker

Les bons élèves :
Ajoutés à ces exceptions qui ont immédiatement marqué de leur empreinte le monoplace américaine, d’autres rookies ont passé avec succès leur première année. Citons entre autres Alex Tagliani en 2000, Bruno Junqueira qui a sauvé son année de justesse (contrairement à Nicolas Minassian qui n’a jamais su s’adapter à la Lola-Toyota) grâce à sa victoire surprise sur le juge de paix d’Elkhart Lake en 2001. Dan Wheldon, Danica Patrick font eux aussi partie des bonnes découvertes tout comme Ryan Hunter-Reay qui nous a sauvé de la plus grande farce que l’IndyCar aurait pu écrire. (Milka Duno étant la seule débutante à participer au championnat 2007, elle aurait dû recevoir le titre honorifique de « Rookie of the Year ». Mais un accord de dernière minute entre Bobby Rahal et Hunter-Reay a permis à l’Américain de rafler le titre sur le fil. De là à dire que l’IRL ait poussé Rahal à signer Hunter-Reay…). Enfin plus récemment nous avons assisté à l’éclosion de jeunes talents avec Graham Rahal (devenu le plus jeune vainqueur), Justin Wilson, Mario Moraes, Raphael Matos ou encore Will Power.


© Mark Windecker

Les fausses routes :
En revanche d’autres pilotes pourtant talentueux n’ont jamais su concrétiser et ont semblé se perdre en route. Nicolas Minassian en est malheureusement le parfait exemple. Deuxième du championnat F3000 en 2000 derrière Bruno Junqueira, il intègre l’écurie Chip Ganassi en 2001 avec son rival brésilien. Làs, toujours qualifié en fond de grille et souvent impliqué dans des accidents, il se fait remercier par Chip Ganassi qui a jugé que le Français était le moins performant de son duo de pilotes. Depuis Minassian a su rebondir en Endurance après un long passage à vide qui l’a vu piloter pour la série ASCAR (sorte de NASCAR britannique). Shinji Nakano a lui aussi peiné à s’imposer dans le championnat CART. Présent grâce au soutien de Bridgestone, le Japonais n’a pas laissé de traces impérissables et il fut rapidement mis de côté dès 2002. A cette liste de déceptions, nous pouvons ajouter les noms de Darren Manning qui même en 2004 et 2005 chez Ganassi n’a jamais pu s’imposer parmi les top-pilotes ou encore Robert Doornbos, Enrique Bernoldi et Tomas Enge dont on a rapidement oublié son passage en IndyCar entre 2005 et 2006.


© IndyCar Series / Bret Kelley

Qu’en est-il cette année ?
Alors que réserve cette année à nos rookies ? Et bien il faut avouer que pour le moment le constat est mitigé. Tous ont montré de réelles aptitudes mais ont pêché par excès d’optimisme, erreur de jeunesse ou manque de performance et de fiabilité de leur matériel. Mais en neuf épreuves, comment expliquer qu’aucun d’entre eux, à part Lloyd n’ait obtenu de top-10 ? Pourtant lorsque le matériel leur permettait, ils ont tous à un moment eu l’opportunité de concrétiser en course. Mais un grain de sable est toujours venu enrailler la machine.

Pour ma part, j’émettrais trois possibilités. La première est l’attente très (trop ?) importante que les médias, les fans, les sponsors placent en eux. Aujourd’hui un pilote doit se montrer performant immédiatement. Cela va de paire avec la société dans laquelle on vit qui ne jure que par le profit immédiat et par la consommation instantanée. Pourtant un pilote a besoin de temps pour arriver à maturité. Et cela passe quelques fois par deux saisons complètes. De Silvestro fait assurément partie de ceux-ci. Véritable talent brut aux yeux de tous les observateurs (pilotes et patrons d’écuries inclus), la Suissesse suscite beaucoup d’intérêt. Peut-être trop ? Seule pilote de la petite structure HVM, elle a déjà dépassé les attentes de son patron. Alors évidemment, le prochain objectif est d’intégrer le top-10.

Ensuite certains d’entre eux sont arrivés sur le devant de la scène très jeune et très vite. A seulement 22 ans, comment demander à quelqu’un d’agir comme s’il avait l’expérience d’une personne de 30 ans ? De plus ces pilotes qui pour beaucoup n’ont connu que des tops teams dans les formules de promotion ont-ils affronté suffisamment de difficultés pour apprendre à les gérer ? Pas si sûr, et lorsque celles-ci apparaissent à la fois dans la catégorie numéro 1 et dans une équipe qui manque de moyen (le cas de Baguette pourrait illustrer ce cas), alors il devient difficile de ne pas craquer sous l’impression d’impuissance qui nous entoure. Là aussi, il est important pour l’écurie de laisser le temps nécessaire à son pilote su surtout de le guider dans cette phase difficile.

Enfin le niveau de l’IndyCar n’a cessé d’augmenter depuis 2008 et la réunification. Les équipes ont progressé, les pilotes de renommées sont à nouveau présents et forcément il devient plus difficile de se faire une place au soleil. Et dans cette situation, il est facile de trop vouloir en faire, ce qui peut expliquer quelques sorties de piste comme celles de Takuma Sato.

Alors après une première moitié de saison en demi-teinte, il devient primordial pour eux de poster de solides résultats. Sans quoi les portes des écuries risquent de se fermer en 2011. Et quel dommage ce serait au vu de leur potentiel. Car il faut bien l’admettre, cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas vu une promotion de rookies aussi riche et prometteuse. Par chance, le calendrier prévoit quatre courses routières, ce qui devrait aider les pilotes formés à l’école européenne. Alors restons sur une note positive : il est évident que le travail de tous ces pilotes finira par payer. Souhaitons dans les prochaines années qu’ils résistent au chant des sirènes de la F1 et qu’ils nous régalent de leurs bagarres et de leur pilotage sur les plus belles pistes de l’IndyCar.

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